La genèse de la femme
Prédication pour dimanche le 7 octobre 2018 au Temple de Labastide
Evangile : Marc 10, 1 à 16
Lecture : Genèse 2, 18 à 25
Cantiques : Arc-en-Ciel 36, 1-2-3 ; 248, 1–2–3 ; 607, 1-2-3
Spontanés : (AEC) 118, 1 / 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ; 138, 2
L'Évangile d'aujourd'hui est un enseignement de Jésus concernant la famille et la vie de couple. Écoutons le début de Marc 10 :
Jésus était entouré de la foule qu'il enseignait, et voici que des Pharisiens s'avancèrent pour lui tendre un piège. Ils lui demandaient s'il est permis à un homme de répudier sa femme. Il leur répondit : Qu'est-ce que Moïse vous a préscrit ? Ils dirent : Moïse a permis d'écrire un certificat de répudiation et de renvoyer sa femme. Jésus leur dit : C'est à cause de la dureté de votre coeur qu'il a écrit pour vous ce commandement. Mais au commencement du monde, Dieu les fit homme et femme ; c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et les deux ne feront qu'un seul corps. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule existence. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. À la maison, les disciples l'interrogeaient de nouveau sur ce sujet. Il leur dit : Si quelqu'un répudie sa femme et en épouse une autre, il est adultère l'égard de la première ; et si la femme répudie son mari et en épouse un autre, elle est adultère.
Des gens lui amenaient des enfants pour qu'il les touche, mais les disciples les rabrouèrent. En voyant cela, Jésus s'indigna et leur dit : Laissez les enfants venir à moi, ne les empéchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux. En vérité, je vous le déclare, qui n'accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant, n'y entrera pas. Et il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
Il y a peu de récits bibliques qui ont été aussi souvent l'objet de plaisanteries - et aussi de graves malentendus ! - que le récit de la création. Aujourd'hui, nous sommes invités à en écouter une partie – et ceci absolument pas pour savoir comment le monde (et l’homme…) fut fabriqué aux débuts, mais plutôt pour méditer sur le sens de nos vies en tant que hommes et femmes, tel qu’il est dessiné par le récit biblique (et cité par Jésus dans notre évangile d’aujourd’hui). Écoutons donc le récit de Genèse 2, les versets 18 à 25 pour y méditer ensemble :
L‘ÉTERNEL Dieu dit : Il n'est pas bon pour l'homme d'être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit égale. L‘ÉTERNEL Dieu modela de la terre toute bête des champs et tout oiseau du ciel qu'il amena à l'homme pour voir comment il les désignerait. Tout être vivant reçut son nom de l'homme ; l'homme désigna par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs, mais pour lui-même, l'homme ne trouva pas l'aide qui lui soit égale. L‘ÉTERNEL Dieu fit tomber dans une torpeur l'homme qui s'endormit, il prit l'une de ses côtes et referma les chairs à sa place. L‘ÉTERNEL Dieu transforma la côte qu'il avait prise à l'homme en une femme qu'il lui amena. L'homme s'écria : Voici cette fois l'os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l'appellera Iischah, femme, car c'est de l'iisch, de l'homme, qu'elle a été prise. Aussi l'homme laissera-t-il son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et ils deviendront une seule chair, une seule existence humaine. Tous deux étaient nus, l'homme et sa femme, sans se faire mutuellement honte.
Bien chers amis,
tout à fait évidemment, vous tous, vous connaissez ce récit biblique, peut-être même depuis votre enfance. Or, je suis certain qu‘il ne vous est pas encore arrivé bien souvent de le méditer de près, de vous demander comment et en quoi cet ancien texte biblique vous concerne, de quelle manière il nous interpelle profondément. Voici pourquoi je suis bien content du fait que l‘ordre des textes bibliques qui nous est proposé pour les lectures aux cultes dans notre église, nous invite aujourd‘hui à nous y pencher.
Je vous propose donc une méditation en forme d‘étude biblique. Nous allons reprendre le récit biblique ligne par ligne – sans oublier son contexte et surtout son début : Vous vous rappelez sûrement que tout commence par la déclaration solennelle que l‘ÉTERNEL créa l‘homme (le terme „homme“ se dit en hébreu : ADAM) avec de la terre (en hébreu : ADAMAH). L‘homme est donc pris de la terre (qui est son origine, et qui lui sera confié pour la travailler, pour la servir, et puis, à la fin, il y retournera). L‘homme et la Terre, Adam et Adamah se trouvent donc dans une relation indissoluble qui les marque, qui les détermine tous les deux.
Et voilà que notre texte commence (au verset 18) avec l‘affirmation que l‘Éternel voyait que l‘homme, sa création, avait besoin de ne pas être (ni rester) seul. Pour sa destination, pour sa raison d‘être (qui, selon le récit biblique et contre toutes les „idées reçues“ sera déjà au „Paradis“ le travail, donc son service, rendu à la terre !), l‘homme a besoin d‘être accompagné, d‘être entouré : de ne pas être seul. Voici pourquoi l‘ÉTERNEL va créer pour l‘homme (de l‘adamah, donc de la terre dont il est sorti, lui aussi) toute sorte d‘animaux. Et pour souligner non seulement leur origine commune, mais en même temps leur relation indissoluble, l‘ÉTERNEL va lui permettre de voir, de considérer toutes ces créations. Pour quoi ? Parce que l‘homme aura le privilège de leur „donner des noms“ (ce que j‘arrive à appeler par son nom, va être bien proche de moi, va être, un petit peu, sous mon contrôle…), et en même temps l‘ÉTERNEL tient à faire apparaître que cette relation sera aussi source de responsabilité : Tout à fait pareil à l‘homme qui a reçu son nom de l‘ÉTERNEL, maintenant l‘ÉTERNEL accepte d‘emblée et à l‘avance les noms dont l‘homme appelera les autres êtres vivants, malgré qu‘ils sont créatures de l‘ÉTERNEL tout à fait comme lui…
Il se trouve donc que l‘homme nomme toutes les creátures – il se les approprie par cela – mais aucune de ces créatures, aucun de ces animaux ne sera, à la longue, son égal (pensez par exemple à tel enfant qui a grandi avec des animaux. Le chaton ou le chiot qui, pour un certain temps, lui était proche comme une soeur ou un frère – ne pourra pourtant jamais devenir un vrai compagnon de route, à sa hauteur, donc son égal…
C‘est donc à la suite que l‘ÉTERNEL va créer la femme. Le récit, sujet d‘innombrables plaisanteries (parce que trop souvent non compris !) est loin de n‘être rien d‘autre qu‘un mythe naïf : Il décrit d‘une manière ô combien touchante, délicate et profonde la relation entre homme et femme. La femme que l‘ÉTERNEL va créer d‘un „morceau vivant“, pris de l‘homme, ne sera donc pas de „nouvelle création“. Elle sera „prise de l‘homme“, donc un morceau de lui ! Nous sommes tout proches d‘une analogie que certaines parmi nous comprendront bien en profondeur. La découverte que fera Adam à la rencontre de sa femme, est pareil à ce que certaines mamans vont vivre avec leur enfant : Quelle mère, ayant porté en elle son enfant, ayant vécu la naissance et ce moment ô combien touchant où le bébé cherche pour la première fois la mamelle, sans l‘avoir jamais appris auparavant, ne ressentira pas pour tout le reste de sa vie une proximité, une relation profonde que nous autres garçons n‘arrivent même pas à saisir de loin… sauf, peut-être, par et dans cette analogie que certains parmi nous ont pu expérimenter : cette rencontre, cette découverte bouleversante de la personne, unique au monde, qui apparemment a été créee pour moi, destinée à être mon égal : os de mes os, chair de ma chair !
Vous comprendrez facilement la raison de cette „première opération chirurgicale de l‘histoire du monde sous anésthésie totale“ : Tout demeure dans le secret d‘une obscurité, tout demeure mystère – et un mystère qui ne peut se révéler que – dans l‘amour !
Voici donc Adam qui découvre celle qui est vraiment à sa hauteur, celle qui s‘avère être son égal, „I'ischah“, prise de „l‘Iisch“.
Tout ce récit tend vers cette fin, tout culmine dans cette exclamation (dont vous comprendrez facilement que, maintes fois dans mon ministère, je l‘ai cité pendant les préparations de bénédictions de mariage). L‘ÉTERNEL a crée l‘homme et la femme dans l‘intention qu‘ils se cherchent et se trouvent et s‘accompagnent, et que la femme devienne pour l‘homme „l‘aide qui lui soit égale“. Or, le miracle unique et bouleversant qu‘un homme découvre sa femme comme „os de ses os et chair de sa chair“, cet amour qui va les unir et qui va être plus fort que toutes les différences possibles, ce miracle unique et bouleversant – naîtra de la volonté des deux, homme et femme. Et ceci va devenir (dit le récit biblique) plus fort même que les liens les plus intimes (ceux du sang et de la famille).
Heureux tout homme, heureuse toute femme qui auront le privilège de découvrir la réalité qui se trouve au fond de ce récit biblique. Amen.
Nous te rendons grâce, Père ÉTERNEL,
de nous avoir révélé ce que nous sommes -
et de nous appeler sur des chemins de vie qui nous permettent de découvrir tout ce que tu nous accordes.
Nous te rendons grâce des mystères et des joies de l‘Amour. Permets aux couples qui se sont rencontrés dans l‘amour
et la tendresse, de connaître ce mystère unique, bouleversant :
qu‘ils sont crées l‘un pour l‘autre, et ceci pour un cheminement commun qui leur permettra de devenir l‘un pour l‘autre
l‘aide qui lui soit égale, la/le partenaire qui soit à son hauteur.
Nous te prions pour toutes celles et tous ceux qui se sont dit „oui“ : permets-leur de se soutenir mutuellement
dans les joies et aussi dans les obscurités de leur chemin à deux,
qu‘ils arrivent à porter les fardeaux les uns des autres,
et qu‘ils seront conscients de ce privilège – de ne pas être seuls !
Et nous te prions aussi pour celles et ceux qui ont des passages difficiles à parcourir. Permets-leur de trouver la force et la compréhension mutuelle pour surmonter les crises
et de pouvoir faire l‘expérience de cet amour qui peut même renaître, réssurgir des cendres, de crises et de malentendus...
Et nous te prions aussi pour celles et ceux qui ont eu le privilège d‘un tel cheminement à deux – et il t‘est arrivé de rappeler vers toi l‘un ou l‘autre des deux. Tu connais mieux que nous leur chagrin, leur souffrance. Donne-leur de surmonter le deuil et de continuer leur chemin dans la reconnaissance et la joie de cet amour que tu leur as permis de connaître.
Père ETERNEL, c‘est ton oeuvre à toi si nous arrivons à decouvrir sur notre chemin cet Amour gratuit qui se donne :
C‘est toi, l‘AMOUR, la FIDÉLITÉ, la MISÉRICORDE,
aujourd‘hui et pour toujours. Amen.