La parabole des deux frères, Luc 15, 1 à 3. 11 à 32
Prédication pour dimanche le 18 mars 2007 au Temple de Vallon
Lectures : Josué 5, 10 à 12 ; 2 Corinthiens 5, 17 à 21
Evangile : Luc 15, 1 à 3. 11 à 32
Cantiques : Arc-en-Ciel 428, 1-2-3 ; 416, 1-2-3 ; 509, 1-2
Spontanés : (AEC) 118, 1 ; 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ; 138, 2
La première lecture d'aujourd'hui nous parle de l'arrivée du peuple de Dieu dans la terre promise. Le lendemain de leur entrée dans le pays, le pain venu du ciel, la manne, a cessé de tomber. Bien sûr, maintenant, ils avaient à leur disposition les fruits du pays qui leur avait été promis pour y vivre et pour s'y nourrir. Ecoutons au livre de Josué, quelques versets du chapitre 5 :
Les fils d'Israël campèrent au Guilgal et firent la Pâque au quatorzième jour du mois, le soir, dans la plaine de Jéricho. Et ils mangèrent des produits du pays, le lendemain de la Pâque, mais des pains sans levain et des épis grillés en ce jour même. Et la manne cessa le lendemain quand ils eurent mangé des produits du pays. Il n'y eut plus de manne pour les fils d'Israël qui mangèrent de la production du pays de Canaan cette année-là.
La seconde lecture parle d'une autre arrivée qui, elle aussi, change totalement les bases et les conditions de vie. Ecoutons au chapitre 5 de la seconde épître aux Corinthiens, les versets 17 à 21 :
Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées, voici qu'une réalité nouvelle est là. Tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. Car Dieu, en Christ, s'est réconcilié l'univers avec lui-même, ne mettant pas leurs fautes au compte des humains, mais plaçant en nous la parole de réconciliation : Au nom du Christ, nous sommes donc en ambassade. Par nous, c'est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n'avait pas connu le péché, Dieu l'a, pour nous, identifié au péché, afin que, par lui, nous devenions justice de Dieu.
Et l'Evangile d'aujourd'hui, que nous sommes invités à méditer ensemble, est la parabole la plus connue de toute notre Bible, la parabole du « fils prodigue », ou du « fils retrouvé ». Ecoutons Luc 15, à partir du verset 11 :
Les collecteurs d'impôts et les pécheurs s'approchaient tous de Jésus pour l'écouter. Mais les Pharisiens et les scribes murmuraient ; ils disaient : « Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange même avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‹Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir.› Et le père leur partagea son avoir. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout réalisé, partit pour un pays lointain et il y dilapida son bien dans une vie de désordre.
Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans l'indigence. Il alla se mettre au service d'un des citoyens de ce pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre des gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait. Rentrant alors en lui-même, il se dit : ‹Combien d'ouvriers de mon père ont du pain de reste, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! Je vais aller vers mon père et je lui dirai : Père, j'ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes ouvriers.› Il alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut pris de pitié : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‹Père, j'ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils...› Mais le père dit à ses serviteurs : ‹Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le ; mettez-lui un anneau au doigt, des sandales aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.› «Et ils se mirent à festoyer. Son fils aîné était aux champs.
Quand, à son retour, il approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses. Appelant un des serviteurs, il lui demanda ce que c'était.
Celui-ci lui dit : ‹C'est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras parce qu'il l'a vu revenir en bonne santé.› Alors il se mit en colère et il ne voulait pas entrer. Son père sortit pour l'en prier ; mais il répliqua à son père : ‹Voilà tant d'années que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres ; et, à moi, tu n'as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais quand ton fils que voici est arrivé, lui qui a mangé ton avoir avec des filles, tu as tué le veau gras pour lui !› Alors le père lui dit : ‹Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé.› »
Bien chers amis,
cette parabole ne se trouve que chez l'évangéliste Luc qui, avec ce récit, fait, pour une nouvelle fois, preuve de son génie de conteur. Luc arrive à forger, à l'aide de sa théologie passionnante, des récits extraordinaires qui font le grand charme de tout lecteur de la Bible. Et la cérise sur le gâteau, c'est, en effet, cette parabole du fils prodigue qui n'est pas par hasard la parabole la plus connue et la plus citée, la parabole la plus longue - et peut-être aussi la plus belle de nos Evangiles ! Quelle autre image biblique nous parle-t-elle plus intensément de l'amour, de la tendresse, de la miséricorde de notre Dieu pour ses créatures, pour ses enfants ?
Regardez de près l'image de ce père qui accourt vers son fils perdu qu'il voit revenir à la maison ; ce père heureux qui serre contre son cœur son fils délabré, les habits en loques ! Voyez bien ce geste d'une tendresse infinie qui nous dit tout ce qu'on peut dire sur le Dieu d'Amour, sur son pardon, sur sa grâce illimitée.
Mais je vous invite à ne pas vous arrêter aux évidences. En relisant notre parabole, je me suis étonné qu'elle parle bien plus largement des deux fils que du père. On dirait quand-même qu'il soit le personnage central. Or, l'image que Luc dresse devant nous, se concentre bien davantage sur les deux fils, dont, d'ailleurs, le second, en général, passe souvent inaperçu. Bien sûr, il apparaît trop tard, juste à la fin, alors que l'attention n'est plus la meilleure. J'ai donc commencé, pour une fois, à la fin. Et c'est ainsi que j'ai découvert à quel point cette parabole voudrait me dire beaucoup de choses que - jusqu'à maintenant - j'avais tout simplement refusé d’écouter...
Je vous invite donc à faire comme moi. Nous allons commencer, pour une fois, par la fin, donc par le personnage le moins apprécié de cette histoire. Par le frère aîné.
Or, c'est justement ce frère aîné qui m'a permis de jeter un regard tout nouveau sur cette parabole. Sans aucune prétention je peux vous dire que moi, personnellement, je ne fais pas partie des fils prodigues. Mais il en existent, aujourd'hui encore. J'en ai même rencontré. C'est ainsi que je peux en juger. Je me souviens de « témoignages » impressionnants de tels fils prodigues. Ceux que j'ai rencontré et ecouté, c'étaient des garçons très pieux qui ont témoigné de leur conversion, de leur retour au père miséricordieux avec des larmes pathétiques aux yeux. Mais avant ! Ah ! Avant de se convertir, ils ont connu la vie dans tous ses états ! Et ils l'ont mené ! Ils ont eu des filles, des drogues, des voitures, beaucoup d'argent qui filait comme du sable entre leurs doigts. Ils ont eu leurs aventures et leurs festins, ils ont fait leurs voyages partout dans le monde. Et bon, tout à la fin, ils ont trouvé le vrai sens de leur vie, ils ont rencontré l'évangile et le Seigneur Jésus, ils se sont repentis, ils se sont convertis, pour enfin revenir au père. Je ne leur envie pas d'avoir été accueilli généreusement par le père d'amour. Mais, il faut le dire, je les ai toujours écouté d'une oreille un peu envieuse. Car ils m'ont fait savoir que moi, j'ai manqué pas mal d'aventures « d'avant la conversion »... Eh oui, hélas ! Je suis un peu comme ce frère aîné de la parabole, ce fils très sage qui est toujours resté à la maison du père, qui n'a jamais commis la moindre ânerie, qui était toujours obéissant, qui a toujours bravement bossé, et qui, au fond de son plus profond coin du cœur si pieux et si fidèle, enviait à son frère cadet les expériences extravagantes, les voyages, les belles voitures (et les belles filles...)...
Eh oui ! Or, bien sûr, je sais comme vous que ce n'est pas chic, d'être jaloux. Et il n'est pas dans l'intention de notre parabole de me reconnaître dans la personne du frère aîné.
Mais, ayant fait mon apprentissage de théologien, je sais que Dieu est toujours du côté des faibles. Dieu aime les malheureux, les perdants. Alors je me suis étonné du mauvais rôle que joue ce frère aîné dans notre récit. J'ai donc relu la parabole en me demandant : Pourquoi est-il dessinné si défavorablement, dans notre parabole ? Quelle est sa faute à lui ? Il est un pauvre type ! Il mériterait notre compassion ! Et aussi toute l'indulgence du père ! Le pauvre diable ! Il est toujours resté à la maison du père. Il a méticuleusement suivi ses ordres. Il a bossé jour après jour. Il a économisé et fait accroître le bien du père. Il a toujours vécu selon ses directives, accomplissant sa volonté à lui... Pourquoi donc a-t-il dû bosser pendant toutes ces années, tandis que l'autre n'a rien trouvé de mieux à faire que de dilapider le bien du père dans une vie voluptueuse, dans un bonheur superficiel ?
Quelle est la faute du frère aîné ? Je dirais : Dans un certain sens, il est tombé exactement dans la même erreur que son frère : Il a, comme lui, profondément méconnu son père. Mais tandis que l'autre a pensé devoir s'en aller pour être libre, celui-ci s'est fait serviteur, il est devenu esclave pour son père. Et voilà : Il n'a jamais compris que son père aurait préféré le voir vivre librement, et heureux !
Ce frère aîné a travaillé sans se ménager, dans une discipline sans faille. Il était persuadé d'être obligé de présenter à son père rien d'autre que le devoir accompli, l'obéissance totale. Le pauvre ! Il n'a rien compris ! Il est tous les jours dans la maison de son père, et pourtant, il le connaît si peu ! Il n'a même pas cerné que c'est PAR AMOUR que le père avait partagé ses biens entre les deux frères. Ce père qui a cédé à ses fils tout ce qu'il avait, il l'a fait pour leur permettre une existence autonome, digne, heureuse. Par amour, ce père n'a rien gardé pour lui-même.
Et le frère aîné ne flaire même pas de loin que ce n’est pas son père, mais que c'est lui-même qui a entravé son bonheur ! Il se plaint de ne jamais avoir reçu le moindre chevreau pour festoyer avec ses copains. Il ne comprend pas que tous les chevreaux, et même les veaux gras qu'il abreuve et nourrit tous les jours, sont les siens ! Ils sont tous à sa propre disposition ! Il n'aurait eu qu'à en prendre ! C'est lui-même qui s'est enfermé dans cette condition d'esclave - c'est lui qui a raté toute occasion de VIVRE, et ceci en présence d'un père qui aurait plutôt aimé le voir vivre en toute liberté joyeuse, heureux de savoir son père plein d'amour près de lui !
Pour ce qui concerne ce père, d'ailleurs, j'imagine bien qu'il ait profondément souffert. On voit, bien sûr, au premier abord, surtout la souffrance du manque de contact avec son fils cadet. Il est loin, dans une situation incertaine. Mais il y a encore une autre souffrance, celle causée par le fils aîné. Je m'étonne, d'ailleurs, que la parabole n'en dit rien. Ne croyez-vous pas que ce fils aîné l'ait peiné, lui aussi ? Ce fils qui vit sous ses yeux, ce fils qu'il rencontre tous les jours, ce fils qui vit si misérablement, comme un galérien à vie, comme si son père était un geôlier d'esclaves, sans pardon ni pitié. Et il se peut même, que cette vie sans joie et sans repos, cette existence écrasée sous les lois qu'il s'est imposé à lui-même - que ce frère aîné la considère encore pour méritoire !
Bien sûr, on peut se demander pourquoi le père n'ait pas agi autrement. Pourquoi n'exhorte-t-il pas son fils aîné à lever les yeux vers son père pour découvrir son amour - et pour reconnaître sa propre erreur ? Pourquoi ne lui ordonne-t-il pas de changer son mode de vie, scrupuleux et étriqué, si loin de la vraie attente du père ?
Avec cette question, bien chers auditrices, bien chers auditeurs, nous sommes au cœur même de cette parabole, et, en plus, au cœur même de tout l'Evangile. Car ce père, ayant partagé ses biens entre ses enfants par amour, pour leur ouvrir le chemin de la liberté, ce père ne peut pas faire autrement que de laisser partir le fils cadet. Il ne peut pas faire autrement que de laisser s'enfouir le fils aîné dans sa galère acharnée qu'il prend pour la vraie obéissance au père.
Ce père qui est Amour, ce père qui, par amour, ne veut rien d'autre pour ses enfants que de leur accorder la liberté, ce père est impuissant, face à ses enfants ! Il leur laisse libre cours, même s'ils le méconnaissent, même s'ils le comprennent à l'envers, parce que la liberté est son don suprême. L'amour du père vise sur la liberté de ses enfants. La liberté est leur héritage. Et toute l'autorité du père, sa toute-puissance même, par et dans l'amour, se limite librement à donner à ses fils, par amour, la liberté, la dignité, et, par cela aussi, d'ailleurs, la responsabilité qui en ressort...
Je me suis donc reconnu dans la personne du fils aîné de la parabole. Bien sûr, ayant bien appris ma leçon, je me retiendrai bien de critiquer la joie et la générosité du père face à son fils retrouvé. Le récit me dit assez clairement que cela me ferait rater la leçon à en tirer...
Autrement dit, la parabole m'a permis d'en tirer des leçons... morales. Je l'ai fait. Cependant, voyez-vous, il est toujours bien plus facile de tirer des leçons morales que les leçons... spirituelles, contenues dans les mêmes récits bibliques !
Or, nous n'avons rien compris de cette parabole, tant que nous la regardons seulement sur un plan moral. Son message central - se place ailleurs ! Nous ne trouverons le vrai message de la parabole que - sur le plan spirituel !
Regardez ce fils aîné de près, et vous comprendrez qu'il représente l'homme religieux. C'est l'homme qui a entendu et reçu le message biblique et qui, à la suite, s'efforce sérieusement à le suivre. L'homme qui se soumet entièrement à Dieu. L'homme qui écoute les commandements. Qui les suit à la lettre. Mais, hélas, il n'en a pas compris l’esprit, leur fin. Il n'a même pas flairé de loin que Dieu est Amour, et Liberté. Il n'a point découvert que Dieu est le Dieu de la VIE. Que Dieu est le Dieu de la joie ! Il n'a pas du tout saisi qu'en Dieu, la vie devient fête, lumière, jouissance - et que Dieu nous adresse ses enseignements – pour que nous vivions heureux !
Cet homme religieux ne peut pas imaginer que Dieu aimerait le voir rayonnant, jouissant pleinement de cette vie qui lui est donnée par son créateur. Pour lui, la religiosité, la vie sous le regard de Dieu, c'est une chose bien trop sérieuse pour être belle et agréable. Il est loin d'être heureux. Le bien divin qui lui est confié, c'est pour lui plutôt une charge qu'une grâce dont il pourrait se réjouir en toute liberté. Voici pourquoi il lui arrive d'envier à son frère non-religieux son bonheur, sa vie épanouie. En récompense, il le critique, il le condamne. Et il espère pouvoir tirer des avantages de sa bonne conduite. Mais c'est ainsi qu'il se sépare des autres. Il se détourne de tous ceux qui ne sont pas comme lui - sans, d'ailleurs, se rendre compte qu'il s'est aussi, par cette manière de vouloir plaire à Dieu, séparé de Dieu lui-même. La parabole en parle avec une image touchante : Le père comprend que le fils aîné ne veut pas rentrer à la maison pour s'associer à la fête (à cette fête qui célèbre et crée les retrouvailles heureuses, la rencontre !). Le père sort pour supplier son fils aîné de rentrer. Mais celui-ci refuse, en condamnant son frère - et le père avec lui !!
Quelle peine, quelle souffrance insondable pour ce père qui est AMOUR !
Mais comment terminer cette souffrance de Dieu même ? Comment réconcilier les deux mondes si différents des deux frères (qui, pour moi, sont, en effet, les représentants de deux mondes : du monde religieux, et du monde irréligieux, de l'existence loin de la foi). Comment réunir ceux qui cherchent la vie facile (au risque d’avilir la vie donnée par notre créateur ; cette vie que, pourtant, ils aiment profondément) - et les autres qui sont persuadés de servir le créateur, tout en s'enfermant dans des prisons qu'ils fabriquent eux-mêmes avec ce qu'ils tiennent pour les commandements d'un Dieu sévère et exigeant...
Comment créer un pont entre ces deux mondes ? Cela paraît impossible - mais notre parabole nous présente la solution. Elle est toute simple. La parabole nous la montre dans le comportement du fils cadet : Il suffit de faire demi-tour et de renter à la maison du père.
En effet, tu peux le faire comme le fils cadet qui avait même préparé tout un discours pour sa rentrée. Il avait l'intention de reconnaître ne plus avoir le droit d’être appelé « fils ». Il voulait seulement implorer une petite place de rien du tout, être serviteur, comme tant d'autres... Mais le père comprend, même avant la parole. Et il lui coupe la parole pour l'inviter au festin, pour partager sa joie de père ; pour fêter son retour.
Or, tu peux aussi « faire retour » comme le frère aîné qui rentre, fatigué du travail de sa journée – au service du père. Mais que ce retour se fasse dans la confiance, dans la paix, dans la joie de « rentrer chez toi. » Toute obéissance par contrainte ou par servilité ferait souffrir notre père éternel. Car notre père souffre, tant qu'existe une distance entre nous et lui. Il souffre de notre incompréhension. Il souffre, tant que nous n'avons pas vraiment part à cette plénitude qu'il veut nous accorder dans son amour infini. Amen.
Père éternel, nous te faisons souffrir.
Que ce soit notre goût de liberté qui nous fait chercher
ce que nous prenons pour notre liberté,
ou que ce soit notre piété qui rétrécit notre horizon,
et aussi notre cœur, jusqu'au point de ne plus reconnaître
qui est notre sœur, qui est notre frère...
Père, ouvre toi-même nos esprits, nos cœurs, nos horizons de vie
pour nous faire découvrir tous les signes de ta proximité,
tous les fruits de ton amour, de ta grâce qui jalonnent nos chemins -
et laisse-nous partager tout cela avec nos compagnons de route,
pour jouir ensemble de tout ce qui nous vient de ton cœur et de ta main.
Nous te présentons tout ce qui nous tient à cœur,
et tout ce qui nous pèse sur le cœur.
Toute souffrance qui suscite notre compassion,
toute fragilité, toute lassitude qui sollicite notre accompagnement.
Encourage-nous pour ne pas perdre cœur, face à tant de souffrance.
Nous nous sentons si souvent démunis, fragiles, impuissants.
Viens à notre aide, là où nous n'arrivons pas à aider !
Nous te présentons nos élus, nos représentants politiques.
Accorde-leur ton esprit de paix et de courage qui leur permette
de s'engager pour le bien du pays, en dépassant toujours à nouveau
leurs propres intérêts et leurs vues trop personnelles.
Fais d'eux des ouvriers de paix et d'unité.
Et nous te prions aussi pour le peuple de ton premier amour,
pour Israël et ses frères et voisins arabes.
Encourage toutes celles et tous ceux qui cherchent l'entente et la paix, permets des ouvertures, des rencontres, des rapprochements
pour toutes ces sœurs et tous ces frères qui aimeraient tant
vivre en paix et en liberté !