Evangile : Luc 16, 19 à 31

Prédication pour dimanche 26 septembre 2004 au Temple de Lagorce



Lectures :    

Amos 6, 1 à 7 ; 1 Timothée 6, 6 à 19
Evangile :     Luc 16, 19 à 31
Cantiques :     25, 1-2-4 ; 601, 1-2-3 ; 626, 1-2-3
Spontanés :     118, 1 ; 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ; 862 ; 875 ; 471, 1 ; 138, 2

La première lecture d'aujourd'hui est une parole prophétique choquante. Le prophète Amos pousse un cri d'alarme, adressé aux riches parmi ses contemporains. La catastrophe les menace, tandis qu'ils jouissent de leur confort sans imaginer le désastre imminent. Écoutons quelques versets dans Amos 6 :

Malheureux ceux qui ont fondé leur tranquillité sur Sion et ceux qui ont mis leur sécurité dans la montagne de Samarie, eux, l'élite de la première des nations, vers qui vient la maison d'Israël :"Passez par Kalné, disent-ils, et regardez, de là, rendez-vous à Hamath, la grande, puis descendez à Gath des Philistins ; seraient-elles plus prospères que ces royaumes-ci ? et leur territoire serait-il plus grand que votre territoire ?" En voulant repousser le jour du malheur, vous rapprochez le règne de la violence. Allongés sur des lits d'ivoire, vautrés sur leurs divans, ils se régalent de jeunes béliers et de veaux choisis dans les étables ; ils improvisent au son de la harpe, ils chantent comme David leurs propres cadences, buvant du vin dans des coupes, et se parfumant à l'huile des prémices, mais ils ne ressentent aucun tourment pour la ruine de Joseph.

L'épître d'aujourd'hui est un appel solennel à une vie dans la foi qui est entièrement témoignage. Écoutons quelques versets du chapitre 6 de la première épître à Timothée :  

Oui, elle est d'un grand profit, la piété, pour qui se contente de ce qu'il a. En effet, nous n'avons rien apporté dans le monde ; de même, nous n'en pouvons rien emporter. Si donc nous avons nourriture et vêtement, nous nous en contenterons.  Quant à ceux qui veulent s'enrichir, ils tombent dans le piège de la tentation, dans de multiples désirs insensés et pernicieux, qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition. La racine de tous les maux, en effet, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercé l'âme de tourments multiples. Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses. Recherche la justice, la piété, la foi, l'amour, la persévérance, la douceur. Combats le beau combat de la foi, conquiers la vie éternelle à laquelle tu as été appelé, comme tu l'as reconnu dans une belle profession de foi en présence de nombreux témoins. Je t'ordonne en présence de Dieu qui donne vie à toutes choses, et en présence du Christ Jésus qui a rendu témoignage devant Ponce Pilate dans une belle profession de foi : Garde le commandement en demeurant sans tache et sans reproche, jusqu'à la manifestation de notre Seigneur Jésus Christ,  que fera paraître aux temps fixés le bienheureux et unique Souverain, le Roi des rois et Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l'immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu ni ne peut voir. À lui gloire et puissance éternelle. Amen. Aux riches de ce monde-ci, ordonne de ne pas s'enorgueillir et de ne pas mettre leur espoir dans une richesse incertaine, mais en Dieu, lui qui nous dispense tous les biens en abondance, pour que nous en jouissions. Qu'ils fassent le bien, s'enrichissent de belles oeuvres, donnent avec largesse, partagent avec les autres. Ainsi amasseront-ils pour eux-mêmes un bel et solide trésor pour l'avenir, afin d'obtenir la vie véritable.

L'évangile d'aujourd'hui nous interpelle avec la parabole de l'homme riche et du pauvre Lazare : une parabole d'une actualité bouleversante. Écoutons dans Luc 16, les versets 19 à 31 

"Il y avait un homme riche qui s'habillait de pourpre et de linge fin et qui faisait chaque jour de brillants festins.  20. Un pauvre du nom de Lazare gisait couvert d'ulcères au porche de sa demeure. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c'étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses ulcères. "Or le pauvre mourut et fut emporté par les anges au côté d'Abraham ; le riche mourut aussi et fut enterré. Au séjour des morts, comme il était à la torture, il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare à ses côtés. Alors il s'écria : ‹Abraham, mon père, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l'eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre le supplice dans ces flammes.› Abraham lui dit : ‹Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu ton bonheur durant ta vie, comme Lazare le malheur ; et maintenant il trouve ici la consolation, et toi la souffrance. De plus, entre vous et nous, il a été disposé un grand abîme pour que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le puissent pas et que, de là non plus, on ne traverse pas vers nous.› "Le riche dit : ‹Je te prie alors, père, d'envoyer Lazare dans la maison de mon père,  28. car j'ai cinq frères. Qu'il les avertisse pour qu'ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture.› Abraham lui dit : ‹Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent.› L'autre reprit : ‹Non, Abraham, mon père, mais si quelqu'un vient à eux de chez les morts, ils se convertiront.› Abraham lui dit: ‹S'ils n'écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu'un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus.›

Bien chers amis,

     vous la connaissez bien, cette parabole du riche (anonyme !) et du pauvre Lazare - et pourtant, il se peut bien que vous n'avez jamais retenu ce fait " secondaire " que, pour une fois, c'est ici le pauvre qui sort de l'anonymat, et non le riche.Une parabole qui peut nous fournir de quoi réfléchir. Bien sûr, elle ne nous est point donnée pour nous permettre de jeter un regard sur ce qui nous attend dans l'au-delà. Elle vise, tout au contraire, sur notre vie de tous les jours. Elle ne concerne donc que notre vie AVANT la mort ! Une parabole qui s'adresse avec insistance à celle et à celui qui n'est pas encore au bout de la route... Autrement dit : Elle s'adresse à toi et à moi. Non pour nous apitoyer sur le sort de ce " pauvre" riche. Comme tout message prophétique, elle nous est donnée pour nous alerter. Elle veut nous mettre en garde, elle veut nous permettre de cerner l'essentiel de notre existence à nous.Ce n'est pas pour rien que l'homme riche de la parabole n'a pas de nom. La parabole fait, en effet, tout pour nous faciliter de nous reconnaître en lui !Or, nous sommes tous, d'une certaine façon, des " riches " à l'image de cet homme anonyme dans notre parabole. Il nous manque peut-être le canapé d'ivoire, nous n'avons ni du pourpre ni les grands festins de tous les jours - mais, hélas, nous avons tous des " pauvres " à la porte. Oui, Lazare gît devant nos portes ! Mais non UN seul Lazare ! Ce sont des milliers et des milliers ! Il y en a tout près de chez nous. Pensez à celles et à ceux qui sont obligés de travailler au noir parce qu'ils ne savent pas comment régulariser leur situation, il y en a qui s'étouffent pendant les transports clandestins, et il y en a que nous exploitons avec la meilleure conscience du monde. Ils qui cousent nos t-shirts, ils fabriquent nos chaussures, ils sont à l'autre bout du monde, et pourtant leurs services nous procurent un beau surplus de confort...Mais, à la différence de l'homme riche de la parabole, nous n'avons pas l'excuse de ne rien savoir. La télé et la radio, les journaux et l'inter net nous livrent toutes les informations nécessaires jusque dans l'intimité de notre petit confort personnel...Nous faisons donc partie des riches - et souvent c'est comme pour l'homme de la parabole : ce n'est qu'au moment de la souffrance que nous commençons à ouvrir les yeux." Voici la particularité la plus préoccupante de la richesse ", disait le rabbin à son collaborateur bénévole qui venait de faire le tour de la communauté juive pour collecter des dons. Celui-ci s'était étonné de constater ce fait surprenant que les pauvres, en généal, étaient bien plus généreux que les riches. " C'est très simple à voir - et à comprendre. Viens voir. " Et il emmena son collaborateur un peu plus loin, devant la fenêtre. Il lui demanda de regarder par la fenêtre. " Que vois-tu ? " demanda-t-il. " Eh ben, je vois... la rue, une mère avec sa poussette et son gamin, je vois deux chiens, je vois les pigeons sur le toit voisin... " répondit le paroissien - surpris, et sans comprendre. " Très bien, " faisait le rabbin, le tirant un peu plus loin, devant la glace suspendue près du porte-manteau. " Et que vois-tu maintenant, là, dans la glace ? " " Ben alors, qu'est-ce que tu veux que je voie, là, dans la glace ? Je ne vois que moi ! "" Eh oui, ne comprends-tu pas ? tu ne vois que toi. Voilà tout ! C'est comme ça : la fenêtre et la glace, toutes les deux, ne sont rien d'autre qu'un bout de verre transparent. Le même matériau. Or, dès que tu places un peu d'argent derrière l verre, tu ne vois plus que toi-même....! "La richesse que déplore la parabole, n'est, en fin de compte, que de la misère. Le riche dans cette histoire est à plaindre. Puisqu'il est aveugle. Il ne voit rien. Et il ne voit même pas sa propre situation en toute clarté.Regardez, par contre, le pauvre. Nous n'apprenons pas beaucoup de lui. La parabole ne nous dit pas beaucoup sur lui. Mais elle dit qu'il voit. Il aperçoit en toute clarté tout ce qui se passe autour de lui. Sa pauvreté, sa souffrance l'amènent à la clairvoyance. Il est contraint à être lucide. Il doit faire attention à tout ce qui pourrait causer un changement dans sa vie difficile. Il est pauvre. Donc, il n'a rien à perdre. Il a tout à gagner. Rien ne l'oblige à se cramponner au statut quo. Confronté à chaque instant aux défaillances de sa situation misérable, le présent ne l'intéresse pas trop. Il est tourné vers l'avenir. Ce n'est que de lui qu'il peut attendre un changement. Il attend de tout son cœur le secours qui va le soulager. Il compte sur ce secours qui lui est promis par la Parole de Dieu.Et il aura son secours. Mais non sous forme de miettes qui tombent de la table du riche. Par contre, ce seront les chiens qui le soulagent. Les chiens lèchent ses plaies. C'est leur manière de témoigner de leur tendresse, et d'apporter un peu de soulagement. Regardez de près l'image touchante que la parabole dessine devant nous. Vous vous rendrez compte que Jésus présente la vie de ce pauvre Lazare qui, en effet, n'est pas dépourvue de dynamique. Ce pauvre a même un but. Il n'a rien à perdre. Ainsi il peut mourir " heureux ". Il peut tout laisser derrière lui, sans regrets... C'est un privilège qui, d'ailleurs, ne doit pas être réservé au dernier moment de la vie. Arriver à lâcher ce qu'on tient à la main. Prenez le départ à la maison de retraite. Prenez un moment de maladie qui impose une décision claire...La Bible, à plusieurs reprises, nous parle de la mort paisible, de la mort bien-heureuse, elle évoque ceux qui " s'en vont dans la paix ". Cette capacité de savoir lâcher sans regrets, cette clarté de vue et de vie qui permet d'envisager plein de confiance ce qui va venir, sans trop s'attacher au présent : Vous voyez bien, ce n'est pas seulement important à l'approche de la mort. La vie nous oblige toujours à nouveau à dire " au revoir ", à nous séparer de ce qui nous est très cher. Nous devons quitter ce qui nous est familier. Il nous faut lâcher ce qui fait partie de notre existence...Pour vraiment savoir bien vivre, il faut savoir " mourir dans la paix "...Et voici le message de notre parabole qui nous est donné pour ne pas manquer la vie... avant la mort ! Malheureusement, l'homme riche de notre histoire n'ouvre les yeux que trop tard. Apparaît alors un fait remarquable. Au moment où cet homme riche, dans sa misère, dans sa- souffrance, a compris qu'il ne peut plus rien faire pour lui-même - il commencer à penser aux autres. Et il pense à ses frères. Il veut leur épargner le sort misérable qui est le sien.Que donc Abraham leur envoie Lazare, pour les prévenir ! Ce messager, venant du séjour des morts, leur permettra d'éviter de rater leur vie à leur tour...Mais, Abraham refuse. N'est-ce pas étonnant ? Cette demande du riche, cette intercession qui souhaite le mieux pour les frères, qui veut leur permettre la conversion, une vie non ratée, pourquoi n'a-t-elle pas de suite ?Comprenez bien. Abraham refuse parce que ne n'est pas l'affaire de Dieu (de ce Dieu qui est Amour !) de miser sur la peur et d'en tirer profit. Si, trop souvent, l'église a su " chauffer l'enfer " aux fidèles, Jésus et sa parabole refusent de jouer le jeu de l'angoisse.Au nom de ce Dieu qui nous aime et qui veut que nous vivions dans la confiance et dans la liberté, il ne faut surtout pas céder la place à ces fantasmes et à ces spéculations qui font comme si on pouvait jeter des regards curieux derrière ce rideau qui sépare notre monde visible de l'au-delà. De cela il n'en faut rien pour vivre heureux. Nous avons tout ce qui nous faut pour réussir notre vie. Nous l'avons depuis toujours. Nous avons le message des prophètes, des porte-paroles de l'éternel qui ont transmis ce qui ils ont reçu de Dieu, notre père. Voici ce qui nous est donné pour nous ouvrir les yeux, pour nous permettre de voir l'essentiel.Mais, évidemment, ce message des prophètes ne pourra nous toucher que si nous serons prêts à nous laisser toucher. Mais hélas, regardez dans votre propre cœur, et vous allez découvrir à quel point nous sommes, toutes et tous, durs d'oreilles et durs de cœur. Il en faut beaucoup pour vraiment nous toucher...Et, très souvent, nous n'entendons que ce que nous voulons entendre (et ce que nous savons depuis longtemps déjà...). Tout le reste, tout ce qui nous paraît étrange ou inconfortable, tout ce qui nous déconcerte, nous nous en débarrassons avec ce qu'on appelle de " bon sens ". Et nous ne retenons que peu, et, très souvent, que du superficiel.Si, pourtant, vous voulez tout faire pour bien écouter Moïse et les prophètes - et tout ce qu'ils nous disent aujourd'hui, je peux vous proposer un test. C'est un très simple, et très efficace. Vérifiez seulement si vous arrivez à voir le pauvre Lazare qui gît devant votre porte à vous.Vous allez découvrir exactement ce prochain pour qui vous êtes appelé à devenir l'étincelle de lumière que lui adresse Dieu lui-même. Vous verrez d'un oeil nouveau tout ce que notre Créateur vous accorde - pour que vous partagiez cette richesse. Et vous allez découvrir qu'en la partageant, elle va non diminuer, mais, tout au contraire, se multiplier. Vous allez découvrir ce que j'aime appeler " la loi naturelle de l'amour de l'Éternel ". Le théologien juif Martin Buber l'a traduit d'une manière inoubliable, cette parole biblique qui, en général, est transmis par les mots " tu aimeras ton prochain comme toi-même ".Buber traduit :" Une fois que tu auras découvert l'amour de Dieu,tu aimeras ton prochain - il est comme toi "   Amen. 

Permets-nous, Seigneur, de découvrirque ce culte ne se termine point au moment où nous quittons le Temple.Prépare-nous pour les services à rendre au monde,ouvre nos yeux et nos cœurs pour découvrir le prochain que tu as conduit à nos portes. Accorde-nous la grâce de devenir une parcelle de la parolequi sort de ta bouche et qui ne retourne pas sans avoir fait son effet,laisse nous devenir une étincelle d'amour qui sort de ton coeur.Suscite en nous les forces et le courage de vivre notre foi, de mettre en pratique ce que nous avons entendu. Garde nos mains et nos langues, garde nos yeux et nos pieds pour ne faire que ce qui te plaît.Nous te confions tous ceux et toutes celles qui nous sont chers.Et nous te confions aussi toutes celles et tous ceux que nous ne connaissons pas mais qui t'appartiennent, et qui ont besoin de ton secours - et peut-être aussi du nôtre.Nous pensons à ceux qui souffrent de la faim, qui ont peur de l'avenir.Nous pensons aux enfants qui pleurent,à toutes celles et à tous ceux qui sont dans le deuil.Et nous pensons aussi à celles et à ceuxqui sont aveuglés par la haine, qui sont égarés dans des idéologies qui leur font oublier le sens de la vie, l'amour, la justice, la paix, le pardon...Nous te prions, Seigneur, pour tous les humainsqui sombrent dans les ombres de la vie,qui sont tourmentes par des décisions difficiles qui s'imposent,qui sont écrasés par des soucis, qui pleurent un être qui leur était cher.Aie pitié de celles et de ceux qui redoutent l'aveniret de celles et de ceux qui peinent sous les fautes du passé.Sois proche des isolés, des résignés, de tous ceux qui se sont perdus dans leur amertume.Ne nous permets pas de passer devant celle et celui qui nous attend.Et souviens-toi de celle, de celui que nous te présentons dans le secret de notre cœur

 

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