Luc 18, 9 à 14

 

Prédication pour le jour de la Réforme, 28 octobre 2007, à Lagorce

Lecture : 2 Timothée 4, 6 à 8 et 16 à 18

Evangile : Luc 18, 9 à 14
Cantiques : (AEC) 36, 1-2-3 ; 181, 1-2 ; 620, 1-2-3
Spontanés : (AEC) 118, 1 ; 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ; 138, 2

Avant d’écouter les lectures, prions :

Seigneur, accorde-nous  la simplicité d’accueillir, émerveillés,

la gratuité de ton amour qui est notre vraie noblesse,qui est notre justice et notre sainteté.Ne permets pas que la conscience de notre état de pécheurnous amène au découragement, à l'amertume. Permets qu’elle tourne nos cœurs vers ta miséricordieuse tendresse.Ouvre nos vies pour la seule relation authentique, celle de l’amour qui nous rendra capables de regarder nos misères sans nous y enfermer, puisque tu ne cesseras jamais de nous aimer.Ouvre nos esprits, pour que ta Parole nous façonne et nous fasse vivre suivant ta volonté !


La fin de la deuxième Epître de Timothée nous parle de ce Dieu qui aide et fortifie, qui encourage et soutient, qui libère pour toujours : Ecoutons 2 Timothée, au chapitre 4, les versets 6 à 8 et 16 à 18

        Pour moi, voici que je suis déjà offert en libation et le temps de mon départ est arrivé. J'ai combattu le beau combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. Dès maintenant m'est réservée la couronne de justice qu'en retour me donnera le Seigneur, en ce Jour-là, lui le juste juge ; et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront aimé sa manifestation. La première fois que j'ai présenté ma défense, personne ne m'a assisté, tous m'ont abandonné. Qu'il ne leur en soit pas tenu rigueur. Le Seigneur, lui, m'a assisté ; il m'a revêtu de force, afin que par moi le message fût pleinement proclamé et qu'il fût entendu de tous les païens. Et j'ai été délivré de la gueule du lion ! Le Seigneur me délivrera de toute entreprise perverse et me sauvera pour son Royaume céleste. À lui la gloire dans les siècles des siècles! Amen.


L’évangile d’aujourd’hui nous présente une parabole de Jésus qui  nécessite une écoute très attentive. Ce sont souvent les textes bibliques trop bien connus qui risquent de se fermer, de s'occulter devant nous, puisque nous pensons tout savoir – en conséquence, nous ne rencontrons - que ce que nous savons déjà. Ecoutons donc la parabole qui nous est proposée aujourd’hui - comme si nous ne l’avions jamais rencontrée !  Luc 18, les versets 9 à 14 :

    Jésus dit la parabole suivante à certains qui étaient convaincus
d’être justes et qui méprisaient tous les autres : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l’un était pharisien, et l’autre était collecteur d’impôts. Le pharisien se tenait à  l’écart, et il priait ainsi en lui-même : « O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme les autres hommes, qui sont voleurs, malfaisants, adultères –     ou encore comme ce collecteur d’impôts. Je jeûne deux fois par semaine,
et je paie la dîme de tout ce que je me procure. » Le collecteur d’impôts, se tenant à distance, ne voulait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine en disant : «O Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. » Je vous le déclare : Celui-ci redescendit chez lui justifié – et non l’autre, car tout homme qui s’élève sera abaissé,
et celui qui s’abaisse sera élevé. »

Bien chers amis,
    je suis persuadé que vous le savez comme moi : Dans une parabole (comme d'ailleurs dans tout roman), les faits et les personnages sont toujours inventées  - qu’il s’agisse d’un « Bon samaritain» ou d’un juge injuste. Si Jésus nous parle d’un fils prodigue ou d’un publicain et d’un collecteur d’impôts qui montent au Temple - ce sont toujours  des récits dont le conteur est tout à fait maître. A l’opposé d’un événement concret, dans la parabole, l'auteur, le conteur, seul, est responsable du choix des personnes et des situations qui y apparaissent et qui y jouent un rôle.

Mais vous le voyez bien, dans la parabole d’aujourd’hui, Jésus fait un choix fort étonnant. Dès que nous ne partageons plus le préjugé simpliste d’école du dimanche qui veut que tous les pharisiens soient des hypocrites pleins d’arrogance et de fierté, notre parabole d'aujourd'hui ne manquera pas de nous choquer. Or, les pharisiens, en général, étaient loin de seulement faire semblant, au moment d’afficher une pureté, une foi, une recherche spirituelle modèle. Sans aucun doute, Jésus lui-même avait, lui aussi, une formation de pharisien. Nous avons aujourd’hui suffisamment d’informations sur l’enseignement pharisien et les pratiques de vie qui en découlaient pour nous rendre compte de l’importance de ce mouvement de piété à l’époque. Je vous assure que j’aimerais bien, en tant que pasteur, avoir dans la paroisse autant que possible de gens rayonnant de piété et de discipline spirituelle, de gens disponibles à tout service et enclins à toute oeuvre chritable comme l’étaient les Pharisiens à l'époque de Jésus !
Imaginez seulement l'engagement des pharisiens dans la pratique de la foi. Bien sûr ils tenaient à être présents à toutes les célébrations ! Pas question de manquer une fête de paroisse… Ils étaient présents ! Et comment ils ont connu et aimé, médité et mis en pratique la Parole de Dieu ! Ils attendaient d’un cœur ardent l’arrivée du Messie. Ils faisaient tout pour transmettre les traditions des pères et l’enseignement de l’Eternel aux générations suivantes. Ils étaient pour ainsi dire les colonnes du Temple de Dieu, ils étaient les précurseurs de son Royaume et de sa justice éternelle !

Même la prière du pharisien que nous trouvons dans notre parabole d'aujourd'hui, montre bien des aspects – tout à fait positifs  – de leur piété : ce pharisien ne se vante pas tout bêtement de ses qualités qui le rendent supérieur aux autres. Non, il rend grâces à Dieu d’avoir obtenu de son créateur la grâce d’un cheminement dans la foi ! Il sait bien que dans chacun d’entre nous (et aussi en lui-même !) habitent, hélas ! des esprits négaifs. Des aspirations voleurs et malfaiteurs, des esprits d’adultères et de mensonge. Il sait clairement, notre cher pharisien, que ce n’est pas le fait de son mérite à lui s’il est tout différent. Il remercie Dieu qu’il lui ait été donné d’écarter de sa vie le péché, de ne pas tomber dans le piège des tentations qui le menacent comme tout autre humain. C’est la grâce infinie de Dieu qui l’a préservé du mal. Et il en rend grâces à Dieu !
Non seulement qu'il fait preuve d'une bonne théologie de la grâce seule, il pratique aussi une spiritualité saine, humble et modeste. Un homme pieux, un homme engagé et sincère. Personne ne peut être plus pieux que lui ! Ce pharisien, ce personnage central de notre parabole, semble donc loin de tout soupçon. Les auditeurs de Jésus se seraient sentis flattés, si Jésus les avait comparés à de tels modèles de fidélité et de justice.

Il n’en est rien pour le collecteur d’impôt ! Dans le monde de Jésus, il était le péché en personne. Les collecteurs d'impôts, c'étaient des gens qui exploitaient leurs compatriotes, les frères et soeurs dans la foi, sous le regard bienveillant de l'occupant romain, ils se sont donc enrichis à l'aide des ennemis, des paiens !  Le collecteur d'impôt, c'est l'homme odieux, détestable. Un être à bannir de la société.
Un jour j’ai entendu un prédicateur illustrer le publicain en le comparant à un collaborateur, à l’époque du maquis : Un « ignoble » donc, un traitre qui s'est fait du fric sur le dos de ses compatriotes. Un salaud qui vend des gens aux ennemis, aux occupants allemands. Un parallèle parlant, c’est vrai, mais il me semble être trop loin de notre réalité d'aujourd’hui. Pour comprendre tout le mépris (fort mérité !) que ce personnage a pu concentrer sur lui, il faudrait peut-être penser, aujourd’hui, pour bien traduire ce terme de collecteur d'impôts, à un trafiqueur de drogues. Un homme qui n’hésite pas à sacrifier des vies humaines pour se payer sa vie confortable. Un homme qui profite de la faiblesse des autres ; quelqu'un qui n’hésite pas à pousser d’autres vers le crime, à son seul profit personnel… Personne n’aura de l’estime pour lui, personne ne voudra s’identifier à lui.
Le collecteur d'impôts dans la parabole est donc l’homme méprisable par excellence. Et les auditeurs de Jésus le savent d’avance. Rien de bon ne peut être possible de la part d’un tel homme. Même si on l’imagine en route vers le Temple, vers la prière ; que voulez-vous qu’il prie ? Qu’aura-t-il à présenter à Dieu, sinon son péché, sa vie confortable, riche, mais vide de sens devant Dieu ?
Et voilà, en effet, qu’il n’ose même pas prier comme on le faisait à l’époque. Les juifs avaient l’habitude de lever la face et les mains vers le ciel,  pour exprimer, dans le geste déjà, qu’ils attendaient tout, vraiment tout, de là-haut, de leur père éternel.

Notre publicain n’ose même pas tourner son visage vers le ciel. Il baisse la tête pour ne dire qu’une seule petite phrase :  « O Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. »
On ne peut qu’approuver. Vraiment - qu’aurait-t-il pu dire autrement ? Lui dont toute l’existence n’était qu’exploitation de ses frères dans la foi, lui qui ne cherchait qu’à s’enrichir à tout prix sur le dos des autres, lui qui ne pensait qu’à la chasse aux sous sans merci : il ne peut pas prier autrement. Sa vie ne vaut rien à la lumière de l’Eternel.
Or, quand-même, il le reconnaît lui-même. Il en est tout à fait conscient. Il est pris de remords. Il demande la pitié de Dieu. Et il le fait avec un terme qui mérite d’être retenu. Ce n’est pas seulement la miséricorde générale de Dieu qu’il demande. Il parle d' « expiation », il demande donc à Dieu de couvrir ses péchés dont il désespère.
C'est remarquable. D’une part, ce collecteur d'impôt se remet totalement entre les mains de Dieu – et, en même temps, il sait et il exprime clairement que Dieu, comme il est un Dieu juste, ne peut que répondre à sa prière par un verdict, par son jugement.
Cette reconnaissance de son péché est honorable, bien sûr – mais à quoi bon, dans une vie si mauvaise, dans une existence si gâchée ?

Jésus nous donne la réponse. Une réponse qui, j’en suis sûr, a du couper le souffle à ses auditeurs. Jésus dit : Je vous le déclare : Celui-ci redescendit chez lui justifié – et non l’autre !
Qu’est-ce que cela veut dire, d'être justififé ? Qui est juste ? Qui est justifié ? Aux yeux des auditeurs de Jésus, le pharisien, bien sûr, était juste : Il était l’image même de l’homme qui est agréable à Dieu, de l'homme tel que les commandements, les enseignements de l’Eternel le dessinent. Sa moralité, ses comportements envers Dieu et les humains, correspondaient exactement à cette justice que la loi de Dieu devait établir. Dans sa prière il a même déclaré avoir fait plus que la loi de Dieu lui exige. Qu’est-ce qui peut donc lui manquer pour qu’il soit juste ? Sans aucun doute : Ce pharisien est juste, si toutefois ce terme, dans le langage de l’époque, a un sens.

Mais voici que Jésus déclare le publicain juste, justifié – avant l’autre.
Comment comprendre cela ?
Bien sûr, les auditeurs de Jésus connaissaient les Saintes Ecritures. Ils ont pu se souvenir du Psaume 51 : «O Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. » Ce début du Psaume correspond exactement à ce que dit notre publicain dans sa prière, dans son cri désespéré, adressé à Dieu. Et ce Psaume 51, n’était-il pas la prière de pénitence de David, faite après son grand péché ? N'était-ce pas la prière qui précédait le pardon, la grâce accordée par l’Eternel ?
Evidemment, Dieu ne repoussera pas celui qui vient vers lui. Dieu accordera le pardon. Alors, se pose la question de la différence entre le pardon, la grâce de Dieu – et sa justice. Et la parabole du collecteur d'impôt nous dit : il n'existe pas de différence !

Bien sûr, il faut aller jusqu’au bout. Ce n’est pas la prière d’action de grâce qui met le pharisien dans son tort. Le vrai problème se situe ailleurs. Et le pécheur, quant à lui, n'est pas justifié par sa prière. Notre publicain n’est sûrement pas justifié parce qu’il se repent, mais parce que Dieu est Amour et Miséricorde !
Oui, Dieu aime tout humain. Il aime même le pire des pécheurs, même le publicain, même le trafiqueur de drogues ; à tous il offre – toujours – une nouvelle chance. Il suffit de lui en donner l'occasion.
Alors, Dieu merci ! Il va aussi se tourner vers nous. Il suffit de lui en donner l'occasion. ...
Mais pourquoi l’homme qui semble incarner une « foi » exemplaire dans cette parabole, n’est-il pas déclaré « justifié », lui aussi  ?
Où est la vraie différence entre le pharisien et le publicain ? La différence la plus importante entre les deux, c’est leur regard sur Dieu : Le pharisien, lui, a déjà tout reçu. Il n’attend plus rien – voici son tort ! Comment peut-il s’imaginer être parfait, être arrivé ? Il se prend (peut-être sans le savoir) pour parfait – autrement dit : il se prend donc -- pour Dieu !  Voici ce qui le sépare et de Dieu et de la justification. Voici ce qui le sépare en même temps des autres, des humains dont il se sent supérieur, qu’il méprise.
Le publicain, quant à lui, attend tout de Dieu – et voici qu’il obtiendra la grâce qu’il attend.  Amen.

Seigneur, éternel et juste,
nous aussi, nous attendons tout de toi.
Ne permets pas que nous nous tenions nous-même pour justes.
Même avec la meilleure volonté du monde,
même avec les mérites les plus impressionnants –
nous ne sommes que ce que nous sommes : de pauvres pécheurs.
Ne nous permets pas de nous élever au-dessus des autres,
au-dessus de ceux qui manquent de bonnes volontés
ou qui manquent de foi ou qui sont avares de « bonnes œuvres » ;
au-dessus de ceux qui n’arrivent pas à résister aux tentations -
ou aussi au-dessus de ceux qui semblent se faire un plaisir
de choisir les chemins de la débauche, de l’injustice, de l’égoïsme.
Rappèlle-nous que c’est toi seul qui sonde les cœurs –
et que nous ne voyons que les apparences, que la surface…
Et voilà : à la lumière de ta sainteté toutes ces différences,
les différences entre leurs péchés –
et nos occasions manquées sont de si peu de poids…

Accorde-nous, Seigneur, ton regard d’amour
qui libère le pécheur pour parvenir à la confession des péchés,
qui le délivre de ce qu’il a de mauvais en lui pour qu’il puisse se confier entièrement à toi.
Accorde-nous ton pardon, pour que nous sachions, selon ta parole et à ta suite, libérer les pécheurs des fardeaux qui les écrasent,
pour les dé-culpabiliser,
pour qu’ils arrivent à vivre cette libération à laquelle tu les appelles.
Permets que cette liberté,
cette heureuse liberté des enfants de Dieu prenne place parmi nous
pour anticiper la joie de ton royaume, aujourd’hui déjà,
pour comprendre ce que c’est que la largeur de ton cœur, et la grandeur de ton amour.