Luc 21, 5 à19


Prédication pour dimanche 18 novembre 2007 au Temple de Vallon
Lectures : Malachie 3, 13 à 24 ;  2 Thessaloniciens 3, 6 à 18
Evangile : Luc 21, 5 à19
Cantiques : (AEC) 305, 1-2-3 ;  609, 1-2-4, 428, 1-2-3
Spontanés: (AEC) 118, 1 ; 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ;  138, 2

La première lecture de ce dimanche présente des réflexions qui pourraient dater de notre présent. A quoi bon, la foi ? Qu'est-ce que cela « rapporte », de croire en Dieu ? Écoutons dans le livre du prophète Malachie quelques versets du chapitre 3 :

 Vos propos sont durs à mon égard, déclare le SEIGNEUR, et vous dites : « Quels propos avons-nous échangés contre toi ?»
Vous dites : « Inutile de servir Dieu ; à quoi bon avoir gardé ses observances et marché dans le deuil devant le SEIGNEUR, le tout-puissant ? »
À présent, nous devons déclarer heureux les arrogants. Et même les méchants  prospèrent. Ils se moquent de Dieu, et en réchappent.»
Mais Dieu dit à l'égard des justes : Ils m'appartiendront, au jour que je prépare, ils seront ma part personnelle. Je les épargnerai comme un père épargne son fils qui le sert.
Pour vous qui craignez mon nom, le soleil de justice se lèvera, portant la guérison dans ses rayons.


Un amour véritable ne pose jamais la question « à quoi bon »? Et une vraie foi,  relation étroite et pleine de confiance au Dieu vivant,  est ce que nous montre la fin de la seconde épître de Paul aux Théssaloniciens : une bénédiction. Écoutons donc la bénédiction finale de cette épître :

Le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix, toujours et de toute manière. Le Seigneur est avec vous tous.
Oui, la grâce de notre Seigneur Jésus Christ est avec vous tous.


L'évangile de ce dimanche nous présente un dialogue de Jésus avec ses disciples qui a eu lieu tout juste avant sa passion. Jésus annonce à ses disciples non seulement sa passion, sa souffrance imminente, mais aussi les souffrances par lesquels ses disciples devront passer. Et, en plus, il leur annonce la fin du Temple de Jérusalem. Ce matin, je vous invite à considérer la portée de cette annonce. Écoutons donc Luc 21, les versets 5 à 13 :

Au moment où quelques-uns parlaient du temple, de son ornementation de belles pierres et d'offrandes, Jésus leur dit : « Ce que vous contemplez, des jours vont venir où il n'en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »
Ils lui demandèrent : « Maître, quand donc cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va avoir lieu ?»
Il dit : « Prenez garde à ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront en prenant mon nom ; ils diront : ‹C'est moi› et ‹Le moment est arrivé› ; ne les suivez pas. Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne soyez pas effrayés. Il faut que cela arrive, mais ce ne sera pas la fin. » Alors il leur dit : « On se dressera nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et des pestes et des famines, des faits terrifiants venant du ciel et de grands signes. Et voici, on portera la main sur vous et on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues, on vous mettra en prison ; on vous traînera devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom. Cela vous sera une occasion de témoignage.


Bien chers amis,
     ce matin nous sommes invités à découvrir le Temple de Jérusalem et sa signification pour nous. Tout d'abord,  je voudrais vous rappeler un peu de son histoire. Vous savez sûrement qu'à Jérusalem existaient, au fil des siècles, trois Temples. A l'état actuel des recherches, les spécialistes sont unanimes à penser que les fondations du premier Temple (c'est à dire les dimensions d'origine au sol) étaient réutilisées pour le sanctuaire proprement dit du second et du troisième. Mais, surtout à la troisième reconstruction qui était l'oeuvre du roi Hérode le Grand, le Temple gagnait en hauteur, en  splendeur, en beauté. Et c'était, en plus, la grande place autour du sanctuaire qui prenait le plus de place.
Malheureusement, on n'a pas la moindre trace archéologique du premier Temple, dit de Salomon. On sait qu'il a existé, mais les archéologues doutent de plus en plus si vraiment sa construction a été entamée pendant le règne du roi Salomon, donc au neuvième siècle avant Jésus-Christ. Ce qui est certain, cependant, c'est qu'il a été détruit par Nabuchonodosor de Babylone au mois d'août de l'an 587 a.Chr. (Les Babyloniens avaient envahi et dédruit la ville de Jérusalem et le Temple - après plus d'un an de siège !)
Ensuite, après le retour des juifs de l'exil babylonien en 539, la construction du second Temple fut commencé. Il a été inauguré le premier avril de l'an 515 sous le règne de Zorobabel. Ce Temple a été plus modeste que le premier. Le roi Hérode le Grand le fit donc démolir, pour construire sur les mêmes fondations le troisième Temple, dont nous avons les plus amples informations archéologiques. La construction n'était achevée et inaugurée que 9 ans avant la naissance de Jésus – et vous savez bien qu'il fut détruit par les Romains en l'an 70. Les dernières vestiges en disparaissaient, d'ailleurs, au moment de la fin de l'insurrection de Bar  Kochba en 135, qui avait fait reconstruire une toute petite partie du Temple, surtout pour y réinstaller le culte juif.
Ne vous étonnez pas de ce petit aperçu historique. Je veux vous montrer que le Temple de Jérusalem, tel qu'en parlent les évangiles, n'était pas du tout là « depuis toute éternité ». Hérode le Grand en a fait, c'est vrai, le centre spirituel et surtout rituel de son royaume. Or, sa beauté brillante, l'éclat fascinant de son édifice central, un cube impressionnant tout à fait récouvert d'or qui a été vanté et décrit par plusieurs auteurs au cours du premier siècle, était tout récent. De l'époque de Jésus (où on connaissait trois grands pèlerinages  au Temple, au cours de l'année) il était, en fait, le centre de gravitation du peuple de Dieu, le lieu où s'ancrait toute identité juive. Or, à partir de ce constat, on ne peut que s'étonner du fait que notre nouveau testament nous présente maintes mentions critiques du Temple. Pour vous montrer seulement une omission curieuse : Les mages, venu de l'orient, arrivent à Jérusalem, à la recherche du nouveau roi des juifs. Ils rencontrent le roi (dont le palais se trouvait tout près du Temple...) - et le Temple n'est même pas mentionné ! Ils vont continuer leur voyage dans le petit bourg de Bethléhem, apparemment sans l'avoir vu (et pourtant, c'étaient des mages, donc des spécialistes du spirituel...).
Pour comprendre tout l'enjeu du Temple de Jérusalem tel que Hérode le Grand l'avait voulu, il faut savoir comment la catastrophe de la fin du premier Temple et de la déportation à Babylone avait marqué la spiritualité et la mémoire collective du peuple de Dieu. L'Éternel n'avait rien fait pour sauver son habitation sur terre et son peuple bien-aimé ! C'était une catastrophe non seulement nationale, mais aussi spirituelle. Mais, en même temps il est évident que cette fin du premier Temple n'était pas seulement un évènement négatif. Si on connaît un peu le théologie et les traditions juives, on pourrait presque prétendre le pur contraire – car, « sur les ruines » du premier Temple, se basait, en fin de compte,  l'enseignement du second Esaïe, donc le sommet de la théologie du peuple de Dieu tel qu'il a trouvé sa place dans les écritures !
Bref, à l'époque de Jésus, le Temple de Jérusalem était le centre même du culte et de la religion, le point de gravitation de l'identité et de la culture du peuple d'Israël.
Ce Temple, qui paraissait être construit pour toute éternité (et qui, pourtant, n'a même pas atteint 80 ans d'âge – selon certains témoignages, il y avait encore des travaux en cours, juste avant sa destruction !), pour les juifs, était devenu le symbole même de la religion.
Si donc Jésus annonce ici à ses disciples la destruction du Temple, on ne pouvait qu'être choqué. En même temps, il faut retenir que Jésus n'avait pas besoin de dons prophétiques pour le faire. Si vous réfléchissez un tout petit peu sur l'enseignement de Jésus et sa manière de parler de la finalité de toute chose crée, la fin, la destruction, même de cet édifice impressionant avec toute sa signification symbolique, n'était qu'une réalité aussi normale et incontournable que, par exemple, la mort inévitable de tout être humain.
Nous connaissons, d'ailleurs, des témoignages juives à part de celui de Jésus qui prédisaient également, à peu près à la même époque, la destruction possible et même imminente du Temple de Jérusalem. Notons en passant que la fin du premier Temple avait été annoncée, auparavant, par les prophètes Michée et Jérémie.

Or, sur un plan théologique et spirituel bien plus large, Jésus, en regardant sur les vastes horizons de l'histoire du salut, ne parle pas seulement de la fin de toute chose crée par la main de l'homme, et il ne parle pas non plus seulement de cet édifice cultuel ô combien impressionnant. Il parle - fait beaucoup plus important ! - en même temps de la fin de toute religion !
Rassurez-vous, si je comprends les propos de Jésus sur la fin du Temple de Jérusalem sur un tel plan quasiment universel, je ne suis pas seul. J'ai déjà rencontré des voix juives qui se sont exprimés exactement dans le même sens. Peut-être savez-vous que la fin du Temple de Jérusalem, c'était en même temps la fin de tout culte de sacrifice pour la tradition juive. Bien sûr, longtemps avant la destruction du Temple, on avait déjà crée les synagogues qui n'ont  jamais été des lieux de sacrifice. C'étaient des lieux de prière, de louange, d'enseignement. Au moment où l'autel central du Temple de Jérusalem n'existait plus, les sacrifices sanglants prenaient définitivement fin dans la tradition juive. C'est par la suite que les traditions et la théologie, la liturgie et surtout la spiritualité juives ont pris un essor qui auraient été inimaginables sans la disparition du Temple de Jérusalem et sans la fin des traditions de sacrifices sanglantes.
Pour nous, chrétiens, il s'ajoute le fait que la disparition de Temple était, en plus, un des éléments les plus importants qui ouvraient le chemin au développement de l'église chrétienne.
Pensez bien qu'au second siècle, à la suite de ce douloureux phénomène de la séparation entre la synagogue et l'église, partout dans le royaume romain, les chrétiens ont été persécutés et opprimés parce qu'ils étaient considérés comme des « athées »!
Athées,  puisque pour nous, chrétiens, en effet le trône de la toute-puissance aux cieux est vide, depuis que le créateur du monde est descendu, par amour de sa création, pour partager, en Jésus, entièrement notre humanité.
Athées, puisque, avec cette découverte décisive, avec cette confession que Dieu est Amour, il n'existe, au fond, plus de religion dans le sens profond du mot. La religion, par définition, cherche Dieu dans l'au delà. Par contre, la foi chrétienne se base sur cette confiance totale que c'est dans l'amour que Dieu nous devient proche, que le règne de Dieu se réalise donc dès maintenant, ici parmi nous, partout où il y a justice et amour.

Or,  Jésus avait déjà a vu très clairement que cette fin de la religion aurait pour conséquence une déstabilisation du monde, et surtout de la morale. Je vous montrerai pourquoi :
Vous trouverez des penseurs un peu partout dans le monde qui sont persuadés qu'il existe des relations étroites entre la réalité de l'esprit et celle de la nature. Paul, dans son épître aux Romains (8, 19ss) nous en parle. Il montre que la délivrance de l'homme va inévitablement mener à la délivrance de la nature ! Vous trouverez des idées pareilles chez des penseurs chinois, mais aussi chez les indiens des Amériques.  Or, la fin de la religion sera inévitablement la fin de toute « loi divine » - c'est à dire du fond religieux de la moralité. Dorénavant, le mal que j'avais omis jusqu'à maintenant par crainte religieuse, je pourrai  le commettre - sans être obligé d'avoir peur (le prophète Malachie en savait déjà quelque chose !).
Autrement dit : La violence dans les faubourgs des grandes villes et dans les cours de recrátion, c'est tout à fait pareil au chaos qui se crée dans la salle de classe au moment où le maître d'école quitte les lieux... Il est donc facile d'imaginer toutes les déstabilisations et toutes les catastrophes que la fin de la religion peut provoquer. Et Jésus en parle. Or, pourtant, la direction est claire, le chemin est ouvert. Il s'agit du chemin qui mène de l'angoisse à la liberté, des croyances à la foi, du règne de la peur, entretenu par les autorités religieuses, au règne d'amour, annoncé par Jésus. Il s'agit d'un chemin de foi qui, d'ailleurs, s'annonce déjà dans la tora, dans cette parole de l'Eternel qui nous fait comprendre que Dieu est tout autre, que le maître de l'univers est totalement différent de nos propres images de lui, que sa réalité est aussi infiniment différent de nos attentes religieuses. Si nous ne refusons pas à le suivre dans notre vie de tous les jours, nous serons amenés à le rencontrer dans notre prochain, dans la justice, dans la paix, dans l'amour. Amen.

Seigneur Eternel, dans le Christ Jésus tu as voulu partager notre humilité - car tu es l'Amour.
Tu ne veux pas qu'on te cherche dans les nuages.
Tu ne veux pas qu'on se perde dans les idées toutes faites, dans les spéculations, dans les religions de tout genre. Tu es venu nous libérer – pour te rencontrer dans l'amour.
Et pourtant, tu connais nos cœurs. Tu sais à quel point nous retombons toujours à nouveau dans les pièges que nous tend notre peur.
Délivre-nous à la confiance. Permets-nous d'attendre en toute confiance que tu viens vers nous, que tu nous deviens proche -
si souvent même dans ce qui nous est inconnu, dans ce qui nous inquiète, dans ce qui nous aliène, dans ce qui nous fait peur...
Ouvre donc nos coeurs, et ouvre nos yeux
pour que nous ne passions pas à côté si tu nous deviens proche,
si tu attends notre témoignage qui ne peut que s'orienter sur ton règne qui vient, tout témoignage qui anticipe toujours à nouveau ton règne de justice et d'amour.
Dans cette attente, dans cette confiance nous te confions toute souffrance et toute injustice qui pèsent sur notre cœur.
Nous te présentons les proches et les moins proches qui sont dans la peine. Et nous te présentons ton église qui, trop souvent, cherche sa propre grandeur, au lieu de témoigner, en toute humilité, de ton amour.
Nous pensons aussi, Seigneur, à nos frères et soeurs aînés dans la foi, les juifs, qui, hélas, sont exposés, aujourd'hui encore, à la méfiance et la haine, à la violence et à des actes de terrorisme.
Nous déplorons ces actes terrifiants qui ne sauront jamais arrêter les cercles vicieux dans lesquels tant d'humains se perdent – et y perdent leur vie.
Donne, Seigneur, à cette région qui a vu naître ton salut - ce salut que nous espérons de tout notre cœur.
Permets que des signes de paix et d'amour en sortent -
pour témoigner de ton amour, de ta justice, et de ta grâce qui dépasse toute imagination humaine.