Prédication pour dimanche le 10 décembre 2006 au Temple de Salavas
Lectures : Esaïe 60, 1 à 3 ;  Philippiens 1, 4 à 11
Evangile :  Luc 3, 1 à 6
Cantiques : Arc-en-Ciel  313, 1-2-3 ; 310, 1-2-3 ;  311, 1.2.4
Spontanés : (AEC) 118, 1; 428, 4 ; 475, 2; 81, 8 ;  862 ; 875 ; 471, 1 ; 138, 2

Le temps de l’Avent est une période qui nous appelle à expérimenter, à vivre un aspect parfois négligé mais très important de notre foi chrétienne : Nous sommes appelés à vivre l’espérance. Il s'agit d'ouvrir nos cœurs pour apprendre à saisir les signes de la vie nouvelle que Dieu envoie dans notre existence, jour après jour - et  de ne pas oublier que notre vie, notre monde a un but, une fin.
Ainsi les lectures d’aujourd’hui nous font partager l’attente, l’espérance du peuple de Dieu qui ont été les plus fortes aux moments les plus sombres de son histoire : Pendant que le peuple d’Israël était en captivité à Babylone, la belle ville de Jérusalem n’était rien qu’un tas de pierres, perdu sous les ronces : alors le prophète élève sa voix pour chanter le cantique de la Jérusalem illuminée par Dieu pour qu'elle illumine le monde entier. Ecoutons ce cantique qui se trouve au début du chapitre 60 du livre du prophète Esaïe : 60, 1 à 3
Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière : la gloire du SEIGNEUR sur toi s’est levée. Voici qu’en effet, les ténèbres couvrent la terre et un brouillard les cités, mais sur toi le SEIGNEUR va se lever, et sa gloire, sur toi, est en vue.     Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever.

La lecture de l’Epître d’aujourd’hui nous fait partager la joie de l’apôtre Paul, sucité par le dynamisme de la foi des Philippiens : Phil 1, 3 à 11
Je rends grâce à mon Dieu chaque fois que j’évoque votre souvenir : toujours, en chaque prière pour vous tous, c’est avec joie que je prie, à cause de la part que vous prenez avec nous à l’Évangile depuis le premier jour jusqu’à maintenant. Telle est ma conviction : Celui qui a commencé en vous une œuvre excellente en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour de Jésus-Christ. Il est bien juste pour moi d’être ainsi disposé envers vous tous, puisque je vous porte dans mon cœur, vous qui, dans ma captivité comme dans la défense et l’affermissement de l’Évangile, prenez tous part à la grâce qui m’est faite. Oui, Dieu m’est témoin que je vous chéris tous dans la tendresse de Jésus-Christ. Et voici ma prière : que votre amour abonde encore, et de plus en plus, en clairvoyance et pleine intelligence, pour discerner ce qui convient le mieux. Ainsi serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ, comblés du fruit de justice qui nous vient par Jésus - Christ, à la gloire et à la louange de Dieu.

L’évangile de ce dimanche, lui aussi, parle d’un signe d’espérance – mais un signe que nous avons malheureusement pris l’habitude de comprendre tout à fait différemment. Il s'agit du baptême dont Jean-Baptiste a baptisé les foules qui sont venu vers lui au Jourdain. Écoutons Luc 3, 1 à 6:
L’an quinze du gouvernement de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays Iturée et de Trachonide, et Lysanias tétrarque d’Abilène, sous le sacerdoce de Hanne et de Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie dans le désert. Il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés, comme il est écrit au livre des paroles du prophète Esaïe : Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux seront redressés, les chemins rocailleux aplanis ; et tous verront le salut de Dieu.

Bien chers amis,
    vous connaissez, bien sûr, l'histoire de Jean Baptiste. Or, peut-être vous êtes-vous déjà posé la question (comme moi) pour quelle raison les foules de l’époque s'étaient rendues en masse au bord du Jourdain pour écouter le message de Jean et pour se faire baptiser. On nous a toujours présenté Jean comme un prédicateur moralisant, un prophète farouche qui annonçait un jugement impitoyable. Nous n’avons pas l’habitude de comprendre le baptême de Jean comme message d’espérance. Mais il en est un message d'espérance !
Les premiers mots de notre texte nous le montrent déjà. Bien sûr, à première vue, ils peuvent paraître bizarres. Pourquoi toute cette longue liste de noms de célébrités et de puissances de l’époque ? Or, ce ne sont que des repères de calendrier ! Vous en trouverez aussi ailleurs dans notre Bible Hébraïque. Très souvent, quand il est question d’un prophète qui élève sa voix au milieu du peuple de Dieu, il est précisément situé dans son contexte historique. La parole de Dieu ne plane jamais vaguement au-dessus de toute réalité humaine. Si Dieu fait surgir sa parole, elle s’incarne toutes les fois dans une situation concrète, dans un contexte donné - pour y apporter un changement, pour y opérer un renouveau ! C’est ainsi que toute apparition d’un prophète est, à lui seul déjà, source d’encouragement, signe d’espérance, l'apparition d’un renouveau donné par Dieu lui-même. L’apparition de Jean, de ce nouveau prophète, était donc un signe d’espérance – bien avant toute parole qu'il pouvait prononer !

Malheureusement, nous n’avons pas l’habitude de prendre le baptême de Jean-Baptiste pour le signe prophétique qu’il est en réalité. Ainsi nous avons du mal à comprendre les foules qui se sont mises en route vers Jean pour se faire baptiser.
Qu’est-ce qui les a poussé à faire ce chemin difficile, dangereux et long, pour descendre de Jérusalem au Jourdain, et encore en si grand nombre ?
Les foules étaient animées par une attente eschatologique. Elles venaient pour écouter des paroles pleins de promesses ! Les gens voualient se faire stimuler par un message prophétique motivant. Ils avaient entendu parler d’un prophète, donc du précurseur du Messie de l’Eternel tant attendu. Ainsi on ne pouvait pas faire autrement : Pour ne pas manquer l'arrivée du salut, il fallait se mettre en route, il fallait aller à sa rencontre !

Vous le comprendrez mieux si vous regardez de près le symbole du baptême. Jean ne l’a pas « inventé ». Le baptême, à son époque, existait déjà. Jean l'a transformé de façon profondément symbolique. Souvenz-vous qu’à l’époque il y avait beaucoup d’étrangers qui venaient à Jérusalem pour connaître de plus près le Dieu des juifs. Ce Dieu invisible, ce Dieu un et transcendant qu’adoraient les juifs, les intriguait. On sait aujourd’hui que l’élite intellectuelle de l’époque était persuadé que Dieu (s’il existait vraiment !) devait être imaginé tel que les juifs le vénéraient : Un Dieu créateur, invisible, finalement inimaginable...

Or, le peuple de Dieu n’a jamais été missionnaire. Les juifs n'ont jamais fait de la propagande pour leur Dieu. Le prophète Esaïe annonçait le pur contraire. Esaïe disait que les nations viendraient, elles, à Jérusalem pour connaître et pour vénérer le Dieu de l’univers. A l’époque de Jean-Baptiste cela s’est effectivement produit, d’une certaine façon. Cependant, les étrangers qui sont venus à Jérusalem, ne furent pas accueillis à bras ouverts. Au contraire ! Ils devaient passer par une épreuve assez pénible : Ils devaient se faire 'baptiser'. On leur disait : Chers amis, vous n’êtes pas « purs », vous n’êtes pas prêts à paraître  devant le maître de l’univers. Vous n’êtes pas préparés à accéder à la demeure du Dieu vivant. Faites-vous d'abord purifier ! Et voici que les étrangers devaient se plonger dans un bain d’eau vivante avant qu’un prêtre ne les déclare purs. Et même après ce rite bizarre, Ils ne pouvaient avoir accès qu’aux cours extérieurs du Temple de Jérusalem, destinés aux femmes et aux enfants, aux marchands et aux voyageurs...

Evidemment, certains étrangers, face à cette condition, ont facilement renoncé à cette expérience. La Bible nous raconte, d'ailleurs, le cas d’un ministre éthiopien qui avait fait le long voyage à Jérusalem pour vénérer Dieu - et il n’a pas pu avoir accès, ni au baptême, ni au Temple, puisqu’il était eunuque (donc impropre à toute présence au Temple de l'Éternel...) !

Jean-Baptiste se sert donc de cet acte de purification, réservé aux étrangers, pour s’adresser aux enfants d’Abraham. Il leur disait d'être obligés de se faire purifier, eux aussi, tout à fait comme les étrangers, pour préparer l’arrivée du Messie.

Jean-Baptiste disait aux foules en attente du Messie : Le Messie doit venir, il est déjà en route, mais il ne peut pas apparaître, il ne peut pas se manifester - tant que vous n’êtes pas vraiment prêts à le recevoir. Vous êtes un peuple impur, voici pourquoi le Messie tarde à venir. Venez vous faire purifier, changez vos comportements, changez vos vies, et le Messie si ardemment attendu va se manifester parmi nous !

Vous voyez bien : Un message hautement eschatologique ! Et ces foules, qui, en effet, étaient dans l’attente impatiente du Messie, annoncée par les prophètes, ces gens qui étaient prêts à (presque !) tout faire pour enfin voir venir le Messie de Dieu, le libérateur, ces foules ont bien compris le message (qui d’ailleurs, en somme, était assez proche de l’enseignement des pharisiens.  Eux disaient aussi qu’il fallait parfaitement obéir à la Loi de l’Eternel pour « contraindre » le Messie à venir !).

Ainsi le message de Jean-Baptiste a été mis en relation à celui du second Esaïe qui, cinq cents ans auparavant, avait adressé un message tout à fait pareil au peuple de Dieu. Dans une situation de détresse, dans un impasse où l’histoire du peuple élu semblait être à sa fin, Dieu fait dire à son peuple : Ne craignez rien, élevez vos têtes, ouvrez vos cœurs, votre libération est proche, bien que vous ne la teniez plus pour possible. Vous allez même retourner à Jérusalem - contre tout désepoir, contre toute résignation !

Or, dans notre évangile d’aujourd’hui, il se trouve un tout petit changement des paroles du prophète Esaïe. Dans le message d’Esaïe il était question de forces célestes qui prépareraient les chemins du Seigneur à travers le désert.
Maintenant, c’est différent :
    Une voix crie dans le désert: Préparez le chemin du Seigneur,
    rendez droits ses sentiers. Tout ravin sera comblé,
    toute montagne et toute colline seront abaissées ;
    les passages tortueux seront redressés, les chemin rocailleux aplanis ...
Dans le message de Jean-Baptiste, ce sont donc les auditeurs qui sont appelés à faire eux-mêmes le nécessaire pour préparer les chemins du Seigneur ! Vous qui attendez la venue du Seigneur, mettez-vous à l’œuvre vous-mêmes, attendez-le activement, montrez par votre engagement concret que vous l’attendez de tout votre cœur, avec tout le sérieux et avec tout l’élan, avec tout l’engagement qu’il mérite !

Voici pourquoi les gens se sont pressés pour se faire baptiser par Jean - et voici que ce « baptême de conversion » était, en effet, un signe prophétique très fort pour marquer l’attente fervente du Messie à venir !
Et nous ? En entendant ce message prophétique du baptiste, nous nous souvenons peut-être des soi-disants prophètes de toute sorte qui annoncent la fin du monde ou des catastrophes bouleversantes. Ils profitent des peurs, des insécurités, des angoisses de tant de nos contemporains.
Or, nous, les chrétiens, tout au contraire, nous sommes appelés à faire autre chose. Nous sommes appelés à écouter les exhortations de Jean-Baptiste pour témoigner autour de nous de l’espérance qui nous anime. Anticiper le salut qui vient par des oeuvres de paix et de justice, c'est cela l’attente active de ce Dieu qui vient vers nous. C'est cela vivre l'Avent.
Nous sommes donc exhortés, nous aussi, à préparer le chemin du Seigneur, chacun de nous, mais aussi en tant que paroisse, et en tant qu’Eglise réformée (toujours à nouveau à réformer, à renouveler) !

Abaissons donc les montagnes paralysantes des circonstances qui nous découragent, ces montagnes de faits incontournables qui nous font reculer. Il y a des changements possibles, il y a des chemins que Dieu lui-même va nous ouvrir. Or, ces chemins, nous ne les découvrirons qu'à condition de nous mettre en route !  Il faut se lancer à sa rencontre, donc dans son avent, dans son avenir, pour vivre son action, pour expérimenter sa proximité, pour être marqué par l’avenir de Dieu !

Comblons alors les vallées, les abîmes qui nous séparent, les jeunes et les vieux par exemple, ou bien les autochtones et les étrangers, ou bien les engagés de la paroisse, et celles et ceux qui en sont loin...  Le message de l’Avent de Dieu nous dit : Il est possible de créer des liens, il est important de se retrouver, il est plein de promesses de vivre ensemble !

Redressons donc les sentiers accidentés, ces sentiers auxquels nous sommes si bien habitués, par exemple les sentiers de notre foi - personnelle et commune - qui si souvent paraissent étranges et incompréhensibles pour les jeunes générations. Beaucoup de ce qui nous est devenu cher et clair - n’arrive plus à répondre à leurs questions. Ce n’est pas la faute de l’Evangile. Ce n'est pas non plus la faute des jeunes. C’est un problème de présentation, si vous voulez. Quant à moi, je me souviens bien comment la théologie de Rudolf Bultmann, bête noire pour les pieux des années 60, nous a ouvert les yeux pour le message de l’Evangile. C’était bouleversant, c'était un enseignement libérateur, à l’époque. Un nouveau langage qui prenait au sérieux nos questions, nos doutes, nos sollicitations. Aujourd’hui, il faudra trouver aussi un nouveau langage. Il nous faudra donc entrer en dialogue pour chercher en commun avec les jeunes, pour creuser avec eux, pour trouver des accès nouveaux à l’Evangile. Ouvrir des chemins nouveaux pour l’espérance, trouver des façons nouvelles pour l’attente de la réalité de Dieu qu’ils cherchent, les jeunes, eux aussi !

Voici donc que nous sommes invités à vivre l’actualité qui nous entoure et qui nous touche comme un nouvel Avent, comme une occasion particulière de témoigner du Christ qui est vraiment celui qui « siège à la droite de Dieu, le Père tout-puissant », témoigner donc qu’il est le Seigneur de l’histoire, qu’il lui donne son sens, et qu’il vient vers nous pour nous ouvrir de nouveaux horizons, selon sa promesse. Amen.

    Seigneur notre Dieu, tu viens vers nous avec un message d’Avent, d’avenir, avec du renouveau qui nous fait peur, qui nous fait reculer :
Affermis nos cœurs et ouvre nos esprits pour que nous soyons prêts pour toi, pour ta Parole, pour ton Esprit.
Encourage-nous, afin que nous devenions tes témoins, ceux qui préparent tes chemins dans une attente joyeuse et active, dans un cheminement courageux et engagé.
Nous te présentons en ces jours d’avent toutes celles et tous ceux qui ont perdu courage, qui se sont retirés dans leur petit coin à eux, dans leurs convictions et leurs principes et leurs points de vue :
Délivre-les de leurs immobilités, envoie-leur des témoins de ton esprit qui vivifie et qui remet en route, même ce qui semble être rouillé et immobilisé pour toujours...
Nous te prions pour ceux qui ont peur de l’avenir, qui ne voient que le malheur, qui sont incapables de se confier à toi :
laisse-les découvrir que tu es le Vivant, digne de toute confiance, toi qui nous amène la lumière pour nous délivrer de toute angoisse. Nous pensons aussi aux malades, aux isolés, aux faibles, aux mourants,
qui ne voient que l’obscurité qui les entoure : Montre-toi à eux comme celui qui accompagne aussi à travers la nuit - vers le Jour qui vient.
Nous te confions ceux qui souffrent, bien particulièrement dans les régions de guerre et de misère, et nous te prions de leur faire parvenir des signes de ton amour, de ta proximité, de ton salut, et nous te prions tout particulièremen pour ton peuple bien-aimé : Puisque les hommes sont incapables de faire la paix, donne toi-même la paix que nous attendons si ardemment !