Vivre l'Avent
Prédication pour dimanche le 17 décembre 2006 au Temple de Vallon
Lectures : Sophonie 3, 14 à 18 ; Philippiens 4, 4 à 7
Evangile : Luc 3, 7 à 18
Cantiques : Arc-en-Ciel 374, 1-2 ; 320, 1-2-3 ; 302, 1-2-3
Spontanés : 118, 1 ; 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ; 138, 2
La période de l'avent nous invite à réapprendre de vivre la joie : Jérusalem a été invitée à la joie au moment où elle était encore en ruines, et l'avent nous exhorte à vivre aujourd'hui déjà, malgré toutes les obscurités et tant des problèmes qui nous fatiguent encore, dans la joie de la lumière de la nouvelle création qui nous attend. C'est ainsi que nous écoutons comme première lecture biblique d'aujourd'hui la vision de la Jérusalem restaurée (qui nous fait penser à la Jérusalem céleste !) à la fin du livre du Prophète Sophonie :
Pousse des cris de joie, Sion la belle ! Lance des acclamations, Israël ! Réjouis-toi, exulte de tout ton coeur, Jérusalem la belle ! Le SEIGNEUR a écarté de toi tes jugements, il a détourné ton ennemi ;
le roi d'Israël, le SEIGNEUR, est en ton sein ; tu n'as plus de malheur à craindre. En ce jour-là, on dira à Jérusalem : N'aie pas peur, Sion, ne perds pas courage ! En ton sein, le SEIGNEUR, ton Dieu, est un héros sauveur ! Il fera de toi sa plus grande joie ; il sera fidèle dans son amour ; il poussera des cris d'allégresse à ton sujet. Je recueillerai ceux qui sont dans le chagrin, loin des rencontres festives, ceux qui sont restés loin de toi, sur qui le déshonneur pesait comme un fardeau.
La lecture de l'Epître d'aujourd'hui nous appelle également à la joie. L'apôtre Paul, en prison, en danger de mort, invite à vivre la joie de ceux qui sont tout proches des hommes - et aussi de leur Seigneur. Écoutons Philippiens 4, 4 à 7 :
Réjuoissez-vous toujours dans le SEIGNEUR ; je le répète : réjouissez-vous ! Que votre douceur soit connue de tous. Le SEIGNEUR est proche ! Ne vous inquiétez de rien ; mais, en tout, par la prière et la supplication, avec des actions de grâces, faites connaître à Dieu vos intercessions. Et la paix de Dieu qui surpasse toute pensée, gardera votre coeur et votre intélligence en Jésus-Christ.
Si vous écoutez maintenant l'évangile de ce dimanche, ne dites surtout pas : Ah, maintenant, avec Jean-Baptiste, c'est fini, la joie. Son message à lui, c'est, tout au contraire, la menace du jugement. C'est sérieux ! Mais regardez bien : Jean-Baptiste ne serait sûrement pas arrivé à susciter l'intérêt des foules - si son message n'avait pas été pour eux un message de joie - bien sûr de joie eschatologique. C'est ainsi que nous allons écouter l'évangile d'aujourd'hui : Luc 3, les versets 7 à 18
Jean Baptiste disait alors aux foules qui venaient se faire baptiser par lui : „Engeance de vipères, qui vous a montré comment échapper à la colère à venir ? Produisez des fruits qui témoignent de votre conversion ; et n'allez pas dire en vous-mêmes : 'Nous avons pour père Abraham.' Car je vous le dis, des pierres que voici Dieu peut susciter des enfants à Abraham ! Déjà même, la hache est prête à attaquer la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu.“ Les foules demandaient à Jean : „Que nous faut-il donc faire ?“ Il leur répondit : „Si quelqu'un a deux tuniques, qu'il partage avec celui qui n'en a pas ; si quelqu'un a de quoi manger, qu'il fasse de même.“ Des collecteurs d'impôts aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent : „Maître, que nous faut-il faire ?“ Il leur dit : „N'exigez rien de plus que ce qui vous a été fixé.“ Des militaires lui demandaient : „Et nous, que nous faut-il faire ?“ Il leur dit : „Ne faites ni violence ni tort à personne, et contentez-vous de votre solde.“ Le peuple était dans l'attente et tous se posaient en eux-mêmes des questions au sujet de Jean : Ne serait-il pas le Messie ? Jean répondit à tous : „Moi, c'est avec de l'eau que je vous baptise ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la lanière de ses sandales. Lui, il vous baptisera dans l'esprit saint et le feu ; il a sa pelle à vanner à la main pour nettoyer son aire et pour recueillir le blé dans son grenier ; mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s'éteint pas.“ Ainsi, avec bien d'autres exhortations encore, Jean annonçait le salut.
Nous chantons maintenant du 320 (Nous avons vu les pas de notre Dieu) 1-2-3
Bien chers amis,
dernièrenement, un enfant de l'école bliblique m'a touché au plus profond de mon coeur. Il me demandait un tout petit service, un petit tour de main, à effectuer sur une machine dans mon atélier. Un petit rien – mais (et voici l'essentiel !): Il fallait de toute manière d'une discrétion absolue : "il faut tout dissimuler. Maman ne doit rien voir quand elle vient me chercher. Ce sera une surprise pour Noël !“ Eh oui, cela existe encore aujourd'hui ! Ces cadeaux, préparés dans le plus grand secret – pour en faire des surprises de Noël...
On aurait pu craindre que la multitude de cadeaux qui s'échangent de nos jours, puisse faire passer à l'oubli leur vrai sens. Tous ces cadeaux, ne doivent-ils pas faire penser, finalement, au grand cadeau de Noël que Dieu nous a péparé ? Et le petit cadeau qui m'a rendu heureux – ne m'appelle-t-il pas à ce que je partage le bonheur vécu autour de moi, par des gestes concrets ? Traditionellement, on a mis en parallèle nos cadeaux de Noël aux dons des bergers et des mages, offerts à l'enfant dans la crèche. Mais on peut, aussi, penser aux foules à l'écoute de Jean-Baptiste. Ils ont appris que le Messie s'apprête à venir, que le salut du monde approche, et voici que, pleins d'enthousiasme, ils veulent faire quelque chose de sérieux. Il veulent attendre activement le salut à venir. Ils tiennent à manifester concrètement leur attente. Ils préparent donc leur cadeau personnel pour pouvoir le présenter au Messie à venir.
Et voilà, Jean-Baptiste accueille bien favorablement ce besoin de faire quelque chose de cohérent. Loin d'une certaine mauvaise pédagogie qui réclame des enfants (ou des maris...) sages - sans dire plus clairement comment cette docilité pourrait se manifester, loin aussi d'une mauvaise théologie qui ne parle que de „la grâce seule“ - sans comprendre que nous autres pauvres humains, nous avons aussi besoin d'être actifs, nous voulons manifester notre reconnaissance, en réponse à la grâce reçue, Jean-Baptiste fait donc autrement. Il donne des consignes très concrets. On pourrait les prendre pour trop terre-à-terre, et pour trop modérées. Jean ne demande pas que face à la sainteté de Dieu, les gens deviennent des saints. Il donne des ordres réalisables. Je dirais même : des ordres facilement réalisables. Que ceux qui possèdent quelque chose, le partagent - sans pour autant devenir pauvres ; que ceux qui ont un pouvoir ou des privilèges, n'en abusent point : Ce sont des efforts possibles, ce sont des sacrifices réalisables – mais qui, en effet, nous surprennent. Si tu en rencontres de tels comportements dans la vie courante, cela te fait chaud au coeur...
Et chacun d'entre nous pourra faire pareil, dans sa vie de tous les jours : En partageant une partie de ses vêtements par exemple, ou de ses provisions, en partageant aussi de son temps, de ses forces, de son argent... Jean-Baptiste nous donne des consignes simples, humbles. Pas besoin de vouloir changer le monde. Il ne faut pas, non plus, rêver de grands programmes pour plus de justice sociale, pour un engagement humanitaire extraordinaire... Il suffit, tout simplement, de voir de près l'existence de mon prochain. De le regarder d'en face. Et je découvrirai en lui un messager de Dieu ! C'est ainsi que nous trouverons, dans le monde concret qui nous entoure, le reflet de la sainteté du Dieu vivant, les traces de sa présence...
Bien sûr, il vaut la peine de penser au fait que l'évangéliste Luc s'est adressé à des auditeurs qui ne pouvaient qu'être horrifié de son récit. Jean parle de la hache qui est mise à la racine des arbres. Et eux ? ils avaient vécu cette hache et ses effets cruels. Je pense à l'assaut de la ville de Jérusalem par les Romains, quelque peu de temps avant que Luc avait rédigé son évangile. Les Romains avaient conquis et détruit la ville de Jérusalem et le Temple très saint, dans une guerre atroce dont l'historien Flavius Josèphe nous donne une déscription précise. Autrement dit : cette prédication prophétique du Baptiste se situe au-devant d'un arrière-fonds sombre et catastrophique. Les avertissements de ce „prédicateur dans le désert“ n'étaient pas que de vaines paroles. Jérusalem a dû payer très cher de ne pas avoir accueilli le message de Jean. Ce qui est arrivé à la ville très sainte, et même à la sainte habitation de Dieu sur terre - ceci pourra se reproduire pour chaque individu, pour chaque église, pour chaque nation qui négligera de pareille manière l'avertissement qui nous est donné dans la parole de Jean-Baptiste.
Et il vaut la peine d'aller encore un peu plus loin : devant cet arrière-fond sombre, il est fort étonnant de voir que les consignes, données par Jean-Baptiste, n'ont rien de moralisant. Jean ne demande pas à ses auditeurs de se transformer sur-le-champ en anges. Il n'impose point de ne faire dorénavant que le bien. Il ne veut pas que ses auditeurs deviennent „bons“ (rappelez-vous ces élèves-modèles, à l'époque, qui étaient détestés par tout le monde – y compris l'institutrice. Ces bons élèves avaient un très grand défaut : ils étaient ... sans défaut ! Des enfants irréprochables ! des êtres angéliques ! Vous le savez tous, c'est insupportable d'être obligé de vivre avec des êtres irréprochables. Ils sont inhumains, ces êtres surhumains ! Voici pourquoi ni Jean-Baptiste, ni la Parole de Dieu ne nous appellent à devenir les elèves-modèles de l'Éternel).
Nous tous, pauvres pécheurs que nous sommes, nous sommes tout simplement appelés à répondre à la grâce, au salut qui vient. Nous sommes invités à faire le possible pour ne pas être des obstacles à la lumière de la nouvelle création qui approche. Nous avons la grande consigne de ne pas freiner l'arrivée de la joie à venir. Et voici que, dans nos vies de tous les jours, éclateront dès maintenant les signes de la présence de Son Esprit, la force de son amour.
Vous le savez bien : les signes extérieures et l'attitude intérieure sont étroitement liés. Ils se soutiennent mutuellement. A force de prendre du temps pour celui et celle que je rencontre, je découvrirai ses valeurs, son amabilité (parfois cachés sous la grisaille du quotidien). Il vaut la peine de cultiver l'ouverture envers le prochain. Il est ô combien important d'être au service de ceux qui en ont besoin. C'est ainsi que nous découvrirons la réalité de la grâce. C'est ainsi que nous rencontrerons le règne de Dieu. Voici que nous allons expérimenter la réalité de l'amour dans le monde qui nous entoure.
Car c'est elle qui change tout. Il suffit de la rencontrer. Cette réalité vivifiante va sanctifier et intensifier, va purifier et dynamiser notre quotidien. Et cela, c'est vivre l'avent ! Amen.
Dieu éternel, Seigneur tout-puissant, ton royaume est proche - tu n'es pas loin, tu n'es pas si inaccessible que nous avons cru.
C'est pour cela que tu es descendu de ta demeure céleste, Tu as décidé de venir nous rejoindre, de devenir homme, dans ton fils.
Oui, tu es devenu un de nous : Humble et faible, vulnérable et mortel.
Tu as vécu parmi nous pour partager cette condition humaine qui nous paraît parfois insupportable. Tu as pris sur toi cette existence qui nous paraît si souvent pesante, dont nous aimerions parfois nous enfuir.
Ta Sainteté s'est installée dans notre monde, non pas pour l'écraser, pour l'anéantir, mais pour lui donner un élan nouveau, un dynamisme inouï. C'est ainsi que ta sainteté n'est pas cachée. Elle peut être découverte. Elle se trouve parmi nous, partout où nous vivons, où nous sommes, où nous nous rencontrons, où nous partageons sincèrement nos joies et nos soucis.
Nous te prions de ne pas permettre que nous passions à côté quand il s'agit de découvrir ta présence, ta lumière, la joie de ton royaume dans des signes très modestes : par exemple dans le regard de notre prochain, dans un moment passé ensemble, dans un sourire, dans une prière.
Ouvre nos vies pour ta présence, pour que nous vivions ton amour, particulièrment à ces endroits où personne ne l'attendrait.
Tu es là où on souffre, où, à première vue, il n'y a que l'obscurité et la désolation.
Tu nous attends à ces endroits où l'on a besoin de notre présence, de notre compassion, de notre engagement.
Laisse-nous découvrir ton Avent, permets-nous de vivre ta venue au milieu de tous ces évènements qui nous déroutent et nous choquent, donne-nous de témoigner de ton Avent auprès de ceux qui ont perdu l'espérance - et la confiance en ton amour.
Nous te prions pour ton monde qui paraît si loin de ta sainteté - et pourtant, tu l'as sanctifié. tu l'as réconcilié avec toi dans la mort de ton fils bien-aimé.
Nous te prions pour ton Eglise : permets qu'elle devienne la lumière dans la nuit, le signe de ta victoire, le lieu de ta paix sur terre.
Et nous te prions de ne pas faire tarder l'avènement de ton royaume, pour nous combler de la lumière de ton salut, selon ta promesse.