Prédication pour dimanche le 18 Février 2007 au Temple de Vallon
Lectures : 1 Samuel 26, 2.7 à 23 ; 1 Cor 15, 45 à 49
Evangile : Luc 6, 27 à 38
Cantiques : Arc-en-Ciel 138, 1-3; 405,1-2-3; 506, 1-3-5
Spontanés : (AEC) 118, 1 ; 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ; 138, 2
La première lecture d'aujourd'hui nous parle du respect profond de David pour son roi, bien qu’il soit devenu son ennemi. Il aurait pu le tuer - mais il n'a pas voulu toucher à celui qui, par Dieu, avait été choisi comme roi du peuple saint. Ecoutons au premier livre de Samuel, au chapitre 26, les versets 2, et 7 à 23 :
Saül se mit en route et descendit au désert de Zif, avec trois mille hommes, l'élite d'Israël, pour rechercher David au désert de Zif.
David et Avishaï arrivèrent de nuit auprès de la troupe, alors que Saül était couché, endormi, dans l'enceinte, sa lance fichée en terre à son chevet.
Avner et la troupe dormaient autour de lui. Avishaï dit à David : « Aujourd'hui, Dieu a remis ton ennemi entre tes mains. Permets-moi donc de le clouer au sol d'un seul coup de lance. Je n'aurai pas à lui en donner un deuxième. » David dit à Avishaï : « Ne le tue pas ! Qui pourrait porter la main sur le messie du SEIGNEUR et demeurer impuni ? » David prit la lance et la gourde d'eau qui étaient au chevet de Saül, et ils s'en allèrent. Personne n'en vit rien, personne ne le sut, personne ne s'éveilla. Ils dormaient tous : une torpeur venue du SEIGNEUR était tombée sur eux.
David passa de l'autre côté et se tint sur le sommet de la montagne, au loin. Il y avait entre eux une longue distance. David cria en direction de la troupe et d'Avner, fils de Ner : « Avner, vas-tu me répondre ? » Avner répondit : « Qui es-tu, toi qui cries aux oreilles du roi ? » David dit à Avner : « Pourquoi n'as-tu pas veillé sur le roi, ton maître ? Quelqu'un du peuple est venu pour tuer le roi, ton maître. Regarde maintenant où sont la lance du roi et la gourde d'eau qui étaient à son chevet. »
Saül reconnut la voix de David et il dit : « Est-ce là ta voix, mon fils David ? » David dit : « C'est ma voix, mon seigneur le roi. Pourquoi donc mon seigneur poursuit-il son serviteur ? Qu'ai-je donc fait, et quel mal y a-t-il en moi ? » Saül dit : « J'ai péché. Reviens, mon fils David ! Je ne te ferai plus de mal puisque ma vie a été précieuse à tes yeux en ce jour. Oui, j'ai agi comme un fou, je me suis lourdement trompé. » David répondit : « Voici la lance du roi. Que l'un des garçons traverse et qu'il la prenne. Que le SEIGNEUR rende à chacun ce qu'il a fait de juste et de sincère. C'est le SEIGNEUR qui t'avait livré aujourd'hui entre mes mains, et j'ai refusé de porter la main sur le messie du SEIGNEUR.
Paul, dans le contexte de son enseignement sur la résurrection, parle du terrestre et du spirituel, pour nous avertir. Nous sommes, comme Adam, des corps terrestres, mais nous avons la vocation de devenir les hommes célestes. Ecoutons, comme seconde lecture, quelques versets du 15è chapitre de la première épître de Paul aux Corinthiens, un mot qui nous prépare à la compréhension de l'Evangile d'aujourd'hui :
Il est écrit : le premier homme Adam fut un être animal doué de vie, le dernier Adam est un être spirituel donnant la vie. Mais ce qui est premier, c'est l'être animal, ce n'est pas l'être spirituel ; il vient ensuite.
Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre. Le second homme, lui, vient du ciel. Tel a été l'homme terrestre, tels sont aussi les terrestres,
et tel est l'homme céleste, tels seront les célestes. Et de même que nous avons été à l'image de l'homme terrestre, nous serons aussi à l'image de l'homme céleste.
L'Evangile de ce dimanche nous invite à méditer un enseignement de Jésus qu'il a adressé exclusivement à ses disciples : Luc 6, 27 à 38
Je vous dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. A qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre. A qui te prend ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique. A quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien, ne le réclame pas. Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez aussi envers eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, « quelle grâce en rejaillira pour vous ? » Car les pécheurs, aussi, aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous en font, « quelle grâce en rejaillira pour vous ? » Les pécheurs eux-mêmes en font autant.
Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez qu'ils vous le rendront, « quelle grâce en rejaillira pour vous ? » Même les pécheurs prêtent aux pécheurs pour qu'on leur rende l'équivalent. Mais aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alors votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants. Soyez généreux comme votre père est généreux. Ne vous posez pas en juges, et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés, acquittez, et vous serez acquittés. Donnez et on vous donnera : C'est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu'on vous versera dans le pan de votre vêtement, car c'est la mesure dont vous vous servez qui servira aussi de mesure pour vous.
Bien chers amis,
des longues siècles durant, l'église était le grand garant de la moralité.
Or, aujourd'hui, on peut presque se douter du contraire. L'enseignement éthique de l'église a, pour beaucoup de nos contemporains, plutôt une réputation négative. Ce qui vient de l'église, paraît à première vue comme arriéré, vieux jeu, à ne pas trop à prendre au sérieux...
Bien sûr, Il y a des situations et des domaines où on peut le regretter. Rappelez-vous seulement comment, à l'époque, l'interdiction absolue du divorce a permis à d'innombrables couples de surmonter leurs crises. Le divorce étant impossible, ils ont été amenés à découvrir, après avoir surmonté les moments douloureux, une unité plus profonde, plus harmonieuse qu'auparavant. Grâce à la morale rigide de l'église, on parvenait – bon gré, mal gré – à faire face aux crises et à mûrir à travers elles, au lieu de choisir la solution trop simple de la fuite, de l'abandon.
Mais si quelqu'un parmi nous déplore que l'église ne puisse plus imposer ses normes de moralité « chrétienne » - il lui faut se rendre compte du fait que Jésus n'aurait sûrement pas partagé son point de vue. Jésus n'a jamais imaginé l'église comme institution puissante, imposant ses points de vue - même pas la moralité la plus salutaire, la plus positive. Au contraire, Jésus s'est dressé à maintes reprises contre ceux qui, à son époque, voulaient faire de l'enseignement de l'Eternel un ensemble de règles morales.
Or, dans l'évangile d'aujourd'hui, nous sommes en face de certaines règles de comportement, c’est vrai. Mais vous verrez tout de suite que Jésus les donne dans une optique très particulière.
A première lecture on pourrait imaginer, bien sûr, que Jésus exhorte ses disciples à un comportement moral impeccable qui serait la base d'une vie civique sans problèmes : « tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-le leur aussi de même... »
Imaginez, pour un petit moment, se qui se passerait pour celui qui mettrait littéralement en pratique les exhortations de Jésus, dans sa vie de tous les jours. Je vous cite en exemple l'expérience d'un gamin mal elevé dont la mère avait la mauvaise habitude d’utiliser son fils aîné comme « paratonnerre ». Un jour, elle l'avait giflé, comme c'était chose courante - et cet adolescent, oh combien soumis et chrétien, lui avait tendu l'autre joue, bien bibliquement. Un moment inoubliable ! Vous n'avez aucun mal à imaginer que ni mon impertinence juvénile, ni sa fureur impuissante (dont je me moquais délicieusement) n'étaient très proches de l'esprit de l'enseignement de Jésus. Et je vous dis carrément que je le savais d'avance. Mon geste « biblique » n'avait rien d'une soumission, tout au contraire...
Il se doit donc de se demander pourquoi Jésus propose à ses disciples une telle orientation de comportement. Evidemment, à première vue elle rendra les disciples fort vulnérables :
Aimez vos ennemis, faites du bien, prêtez sans rien espérer en retour ; soyez généreux, ne jugez pas, ne condamnez pas, acquittez, donnez... Toute personne qui mettra en pratique ces commandements dans sa vie de tous les jours, se verra dépourvue de toute défense, de toute protection.
Prenez votre propre expérience de vie en exemple, et vous constaterez à quel point vous avez toujours à nouveau besoin de vous protéger, d'exercer des jugements. Vous ne pouvez pas faire autrement que de montrer bien clairement les règles de jeu à qui vous faites référence, et les limites auxquelles vous tenez. Vous allez défendre vos prises de position, vous allez faire valoir vos points de vue, vous mettrez en valeur vos orientations, vos choix personnels. Autrement, vous risquerez d'être submergés par les exigences et les sollicitations des autres qui, parfois, sont assez exagérées, et souvent très égoïstes.
De même, nous nous voyons dans l'obligation de nous défendre contre l'écroulement de toutes les valeurs et les normes. Nous affichons les nôtres, ces normes et valeurs qui nous sont chères puisqu'elles sont basées non seulement sur nos convictions personnelles ou nos orientations chrétiennes, mais, je l'espère, sur l'enseignement biblique, sur la Parole de Dieu même...
Et voici que Jésus opposera à toutes ces règles du jeu bien justifiables - son NON clair et net !
Nous ne sommes pas appelés à être les pédagogues ni les juges de ce monde, nous avons tous, au contraire, une vocation bien différente : Nous sommes appelés à être la lumière du monde. C'est le contraire absolu de toute pédagogie ou moralité !
Bien sûr, vous me direz que Jésus donne tout de même des enseignements très concrets. Il transmet des lignes d'orientation qui visent une moralité sans faille. Ne rappelle-t-il pas toujours à nouveau l'enseignement de Dieu, transmis par Moïse, cette Thora divine qui était destinée à former un peuple sans faute et sans faille, cette loi sacrée, donnée pour structurer un peuple digne de son Dieu, un peuple saint qui reflète la sainteté de son Dieu ?
On peut, certes, trouver dans notre évangile d'aujourd'hui, cette vue d'un comportement parfait qui transmettra, qui reflètera la sainteté de Dieu dans sa création. Et je ne contredirai personne lisant l'évangile d'aujourd'hui dans cette optique-là.
Mais pourtant, je suis persuadé qu'on peut trouver, dans notre évangile d'aujourd'hui, encore d’autres significations - et peut être même plus importantes. En méditant notre texte, j'ai été dérangé au début, et ensuite intrigué. Ce qui me faisait achopper, c'était cette espèce d' »élitisme » : Pourquoi Jésus parle-t-il d'une vertu qui ne diffère pas de celle des autres, des païens ? Pourquoi donc Jésus veut-il que ses disciples soient « meilleurs que les païens » ? Pourquoi Jésus répète-t-il à plusieurs reprises cette comparaison qui, trop souvent au cours de l'histoire de l'Eglise, a suscité l'orgueil des chrétiens ? En effet, trop souvent, dans le passé, les chrétiens se considéraient comme meilleurs que les autres. Ils oubliaient donc l'observation de l'apôtre Paul qui dit à un moment donné de cannître des païens qui, même sans avoir reçu l'enseignement du Seigneur, le suivent souvent bien mieux que ceux qui se prennent pour les enfants préférés du créateur...
Je me suis penché un peu sur cette phrase énigmatique qui est répétée trois fois et que j'ai traduit par : « quelle grâce en rejaillira pour vous ? »
A mon avis, ce mot ne parle pas (comme le prétendent certaines de nos traductions courantes) d'une récompense possible pour le bien qu'on fait, ni d'un renom que gagnera celui qui fait le bien. Cette remarque de Jésus vise sur un bien plus précieux - et encore plus caché, qui vaut la peine d'être cherché et trouvé.
Je suis persuadé que Jésus, dans son enseignement, dans sa « Thora » adressée aux seuls disciples, telle que nous la transmet l'Evangéliste Luc, ne nous parle pas seulement d'un comportement qui serait à même de témoigner de la pureté, de la sainteté des disciples et qui refléterait la sainteté de Dieu. Cet enseignement, destiné exclusivement aux disciples, leur montre comment faire pour anticiper le Royaume des Cieux à venir. Les pharisiens, à l'époque, étaient persuadés qu’ils étaient appelés à être parfaits, sans faille et sans reroches « justes », dans le sens biblique du mot. Ils étaient persuadés de pouvoir faire, par cela, hâter l'avènement du Jour du Seigneur. Et voici, Jésus dit à ses disciples d'avoir la vocation inouïe de « re-présenter », c'est à dire de rendre présent le royaume des cieux dont ils sont les précurseurs, les messagers, les annonciateurs !
Le comportement exigé par l'enseignement de Jésus n'a donc en fait rien de moralisant. C'est, encore moins, une règle de conduite, donnée pour savoir adoucir les coups durs de la vie de tous les jours. Il servira, tout au contraire, à « faire rejaillir la grâce ». Il sert donc à manifester, à concrétiser la présence de ce royaume d'amour qui est établi sur terre, définitivement, depuis que Jésus a vaincu la mort - sur la croix !
Jésus ne demande donc pas à ses disciples d'acquérir une perfection morale qui, au fond, sera pour toujours inaccessible à tout être humain. Il ne demande pas non plus de « faire comme si », d'afficher une apparence de sainteté - « comme si » on était parfait – que ce serait-il autre qu'une supercherie vite répérée par ceux qui regarderaient d’un peu plus près le comportement de tels chrétiens hypocrites. Jésus nous appelle, tout au contraire, à saisir les forces qui nous sont données, à jouir des facultés qui nous sont offertes pour anticiper ce royaume de la justice et de l'amour qui nous attend. Jésus nous encourage à nous approprier ces possibilités spirituelles qui sont mises à notre disposition. Vous comprenez maintenant qu'il n'est pas sans signification que Jésus ne s'adresse ici que seulement à ses disciples ! Il ne parle qu'à ceux qui ont vécu la présence de son esprit de paix et d'amour. Il ne s'adresse qu'à ceux qui ont connu cette réalité spirituelle qui nous rend capables, aujourd'hui déjà, de vivre l'amour, de pratiquer le pardon, de partager la paix, de nous mettre à la recherche et à la rencontre de celui qui s'est isolé, qui s'est écarté, de nous encourager les uns les autres pour ne pas manquer les moments forts que Dieu nous accorde, ces moments d'amour, ces moments d'unité dans son esprit, ces moments vécus dans son royaume.
Relisez l'évangile d'aujourd'hui, et vous découvrirez que Jésus ne vise rien d'autre que ceci : Il ne parle pas d'une récompense personnelle pour ceux qui vivent aujourd'hui déjà selon l'ordre de la nouvelle création. Quelle idée de prendre Jésus pour quelqu'un qui inciterait ses auditeurs à un égoïsme spirituel ! Non, Jésus parle de la réalité du Royaume. Et cette réalité de l'Amour divin, présent déjà maintenant dans notre monde, ne se révèlera qu'à celles et à ceux qui ouvrent leurs existences à cette réalité de l'amour. Ils seront appelés « fils du Très-Haut », c'est à dire : héritiers de son Royaume.
Et voici ce que nous sommes. Et pour ne pas passer à côté de cet héritage, il importe de le saisir, de le partager - pour en devenir, tous ensemble, riches - d'Amour. Amen.
Seigneur notre Dieu, nous te remercions de ce trésor que tu nous as confié.
Il nous est arrivé de ne pas l'avoir reconnu. Très souvent, nous n'avons découvert que les exigences, rien que les conséquences difficiles qui en découlent, lorsqu’il s’agit de déterminer notre comportement face aux engagements qui s'imposent dans notre vie dans la foi. Très souvent, nous ne cherchons qu’à profiter, au lieu de partager - parce que nous n'avons rien compris : Nous n'avons pas reconnu que les biens que tu nous accordes ne se multiplieront qu'à condition d'être partagés. Les grâces que tu nous offres sont comme les premières fleurs du printemps à venir, au bord des chemins : Elles ne se découvriront qu'au fur et à mesure de notre marche en avant.
C'est pourquoi nous te demandons aujourd'hui avant tout pour ton église, et pour nous, tes disciples : Délivre-nous de toute crainte, de toute hésitation, de tout manque de courage, fais-nous sortir de nos lassitudes, de nos manques de foi et d'espérance : Permets que nous nous lancions, avec toute notre existence dans l'aventure de la réalité de ton Royaume, fais nous anticiper l'homme céleste dont tu as mis le germe en nos cœurs, afin que nous devenions, grâce à lui, et à travers notre existence entière, des témoins authentiques de ton amour.
Et puisque ton amour ne s'adresse pas seulement à ton église, puisqu'il veut enflammer, illuminer ta création entière, nous te prions aujourd'hui pour tous ceux et toutes celles qui cherchent ton royaume de paix et d'amour sans le savoir, sans même le connaître : Nous te prions pour tous ceux qui luttent pour plus de justice et d'égalité, pour tous ceux qui aident les faibles et secourent les affligés, pour tous ceux qui sont ferments d'unité, ouvriers de paix. Nous te prions de fortifier ceux qui font de leur mieux pour bâtir un avenir possible - et fais-nous découvrir combien nous sommes nombreux à nous mettre en route vers toi qui viens pour bâtir ton Royaume. Nous te prions : viens bientôt, et permets que ce que nous avons de plus précieux dans nos existences puisse trouver accès à ta nouvelle création, dans laquelle nous serons tous unis par ton amour.