Evangile : Marc 12, 28 à 34
Prédication pour dimanche le 5 novembre 2006 au Temple de Vallon
Lectures : Deutéronome 6, 1 à 6, Hébreux 7, 21 à 28
Evangile : Marc 12, 28 à 34
Cantiques : Arc-en-Ciel 228, 1-2-5 ; 243, 1-2-3 ; 601, 1-2-3
Spontanés : 118, 1 ; 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ; 862 ; 875 ; 471, 1
Au coeur de la foi d’Israël se trouve l’amour de Dieu : un amour existentiel, personnel, passionné. Chez nos « frères et sœurs aînés dans la foi » nous pouvons tout apprendre à propos de l’amour de Dieu. C’est ainsi que nous sommes appelés, aujourd'hui, à écouter le « Sch’ma Israël », la première et la plus importante confession de foi du peuple de Dieu. Elle se trouve en Deutéronome 6, 1 à 6 :
Voici le commandement, les lois et les coutumes que le SEIGNEUR votre Dieu a ordonné de vous apprendre à les mettre en pratique dans le pays où vous allez passer pour en prendre possession, afin que tu honores le SEIGNEUR ton Dieu, toi, ton fils et ton petit-fils, en gardant tous les jours de ta vie toutes ses lois et ses commandements que je te donne, pour que tes jours se prolongent. Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à les mettre en pratique : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l’a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. ÉCOUTE, Israël ! Le SEIGNEUR notre Dieu est le SEIGNEUR UN. Tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. Les paroles des commandements que je te donne aujourd’hui seront toujours présentes à ton cœur.
Dans l’épître d’aujourd’hui, nous avons devant nous une partie importante de l’enseignement sur le sacerdoce de Jésus qui assure la liaison entre Dieu et nous. Ecoutons Hébreux 7, les versets 21 à 28 :
Le Seigneur l’a juré et il ne reviendra pas sur cela : Tu es prêtre pour l’éternité - , c’est ainsi d’une meilleure alliance que Jésus est devenu le garant. De plus, les autres sont nombreux à être devenus prêtres, puisque la mort les empêchait de rester ; mais lui, puisqu’il demeure pour l’éternité, possède un sacerdoce exclusif. Et c’est pourquoi il est en mesure de sauver d’une manière définitive ceux qui, par lui, s’approchent de Dieu, puisqu’il est toujours vivant pour intercéder en leur faveur. Et tel est bien le grand prêtre qui nous convenait, saint, innocent, immaculé, séparé des pécheurs, élevé au-dessus des cieux. Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses propres péchés, puis pour ceux du peuple. Cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. Alors que la loi établit grands prêtres des hommes qui restent déficients, la parole du serment qui intervient après la loi établit un Fils qui, pour l’éternité, est arrivé au parfait accomplissement.
L’Evangile d’aujourd’hui nous montre Jésus comme un rabbin juif qui n’enseigne rien d’autre que la parole de Dieu, telle qu’elle nous est donnée par la Bible hébraïque. Il nous parle de cet amour du Père qu’il a vécu pleinement, jusqu’à la mort sur la croix. Écoutons Marc 12, les versets 28 à 34 :
Un scribe s’avança. Il les avait entendus discuter et voyait que Jésus leur avait bien répondu. Il lui demanda : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus répondit : « Le premier, c’est : Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur ; tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ces deux-là. » Le scribe lui dit : « Très bien, Maître, tu as dit vrai : Il est unique et il n’y en a pas d’autre que lui, et l’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, cela vaut mieux que tous les holocaustes et sacrifices. » Jésus, voyant qu’il avait répondu avec sagesse, lui dit : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu. » Et personne n’osait plus l’interroger.
Bien chers amis,
Il y avait un maître rabbinique qui aimait Dieu d’un tel amour qu’il disait tout le temps « ô toi, ô toi, ô toi ». Il ne l’aimait pas seulement. En Dieu, il était chez lui. Non seulement en pensées ou dans ses prières, mais aussi au moment de rencontrer des gens. Tout le temps il ronronnait son « ô toi, ô toi, ô toi »...
Ce Rabbin qui s'appelait Lévi Jizchaq était loin d’être un rêveur ou un ermite, il n'était pas du tout coupé du monde qui l'entourait. C’était un homme très actif , responsable d’une très grande communauté juive. Il inspirait un mouvement spirituel très important, et il était à l’écoute d’innombrables fidèles pour les accompagner dans leurs problèmes.
Mais son amour de Dieu était ce qui le préoccupait, qui le marquait le plus fort.
Il avait Dieu devant lui, à tout moment, dans toutes les émotions et dans les situations les plus diverses de sa vie.
« L’amour de Dieu » - pour Lévi Jizchaq c’était bien plus qu’un sentiment vague ou une idée. Dieu était pour lui ce qu’est l’eau pour le poisson. Il vivait en Dieu. A aucun moment de sa vie cette présence, cette réalité de Dieu lui était secondaire ou peut-être passée à oubli. Dieu, c’était pour lui comme l’air qui nous permet de vivre : il respirait en Dieu. Il disait lui-même de « coller » à Dieu, sans pouvoir se séparer de lui pour une seule seconde.
Chez rabbi Lévi Jizchaq et chez d’autres juifs que j'ai fréquenté en suisse, j’ai rencontré un amour de Dieu vital que je n’avais jamais connu, auparavant, chez les chrétiens.
Dieu, pour ces juifs, n’est jamais une « idée », un fond philosophique qui pourrait aussi être appelé ou conçu autrement. Ce Dieu tant aimé, c’est le grand « TOI », c'est le vis-à-vis toujours présent, c'est ce grand amour qui oriente et marque tout ce qu’on fait, qui domine chaque moment et toute pensée - tout à fait comme c'est vrai aussi pour un vrai amour humain. Vous l'avez peut-être oublié : Des humains qui s’aiment, pensent l’un à l’autre jour et nuit. Ils rêvent même l’un de l’autre. Voici ce Lévi Jizchaq a vécu avec Dieu.
Et nous, alors ? Comment ça se passe pour vous, bien chers amis ? Comment vous situez-vous face à cet amour de Dieu, vécu, pratiqué par les juifs ?
N’oubliez surtout pas que Jésus, un fils du peuple juif, vivait, lui aussi, cet amour de Dieu - et qu’il le vivait jusqu’à cette mort sur la croix qui nous coupe le souffle...
Jésus, et aussi son peuple, respirent en Dieu, vivent en Dieu - et ceci aujourd’hui encore. Jésus disait un jour être « dans le père ». Et son père éternel « était en lui ». Il importe de comprendre cette formule, non dans un sens symbolique, mais tout à fait concrètement. C'est ainsi que vous allez comprendre comment Jésus veut que nous, chacun, chacune, vivions comme lui, « dans le père ». Il le veut pour nous, les chrétiens, comme aussi pour ses frères et sœurs, les juifs, qui d’ailleurs, plus que jamais ont besoin de notre solidarité, de notre intercession....
L'amour de Dieu : C’est la réalité de vie qui a marqué l’existence d’Abraham, d’Isaac, de Jacob. C’est cette réalité de vie dans laquelle Jésus veut nous entraîner. Il veut placer chacune, chacun d’entre nous dans un courant, dans une puissance d’amour émanant d'un Dieu qui aime passionnément, pour toucher et transformer par son amour tout un peuple qui aime passionnément.
Bien sûr, vous le savez comme moi : un tel amour passionné ne sait pas seulement dire « oui ». Il arrivera aussi, et aussi passionnément, qu'il dira « non ! » Ce n’est pas pour rien que ce peuple passionné porte le nom prétentieux « d’Israël » - ce qui signifie « combatteur de Dieu ». Cet amour existentiel et passionné qui lie Dieu et Israël, c'est un combat, c'est une lutte, dans la passion, dans la joie - et aussi dans la détresse. Oui, ce combat avec Dieu est de la PASSION dans le sens le plus profond du mot. Il y a aussi de la souffrance - et ceci des deux côtés, du côté des humains, mais aussi du côté de Dieu !!!
Et Jésus vit pleinement cet amour et cette passion. L’amour de Dieu est LE drame de sa vie. Il le vit, il le réalise durant tout son ministère messianique, et ceci jusque dans la passion et sur la croix - et aussi dans sa résurrection ...
Or, nous, dans notre foi chrétienne, dans notre austérité réformée, nous avons, en général, d’autres priorités. Nous avons plutôt l’habitude de nous en tenir à la fidélité de Jésus, à sa foi, à son obéissance...
Mais permettez-moi d’insister aujourd’hui sur ce seul point de l’amour de Dieu. Nous voulons être des disciples du Christ. Nous voulons le suivre. Mais sommes-nous, les bons réformés que nous sommes, sommes-nous prêts, aussi, à le suivre dans son amour pour son père, dans son amour de Dieu si typiquement juif ?
Bien sûr, la notion de « l’amour chrétien » ne nous est pas inconnu. Pour nous, c'est l’amour du prochain. Serait-il possible qu'il remplacerait l’amour de Dieu, parce que cet amour de DIEU trop juif nous inquiète, nous dérange, nous paraît trop aventureux ?
Nous voulons bien notre Jésus - mais voulons-nous aussi ce père céleste vers qui lui, Jésus, est le chemin ? Ce père, c’est le Dieu d’Israël, ce père qui aime passionnément, ce père qui nous attend, puisqu’il nous aime passionnément...
Voulez-vous vraiment être attablés avec Abraham au Royaume des Cieux, voulez-vous vraiment vivre avec le peuple de Dieu ? Ce peuple avec lequel personne au monde ne veut - pour le moment - partager sa place dans l’histoire de l’humanité ? Voulez-vous vraiment vivre dans cette union profonde avec Jésus et avec la descendance d’Abraham ? Êtes-vous, sommes-nous prêts à en payer le prix ?
Il se peut bien qu’il y ait quelque chose qui nous manque, pour cela. C’est l’Amour. Le rabbin Lévi Jizchaq, dans son amour vital et profond, pouvait faire ce que moi j'arrive à faire dans mon amour de conjoint. Il n’était pas seulement baigné dans la présence de son Dieu, il était aussi capable de se disputer avec Dieu, de l’accuser passionnément, de réclamer justice, de demander des explications par rapport aux châtiments que son peuple bien-aimé devait subir.
On raconte de lui une histoire qui peut nous couper le souffle. A un jour de Yom Kippur, donc le jour du grand pardon (le jour de fête le plus important dans la tradition juive), Lévi Jizchak était à la synagoge, mais il ne commencait pas le culte de la communauté. Tout le monde y était rassemblée, il était à son pupitre, mais il restait muet. Des heures passaient. On le bousculait, mais il ne bougeait pas. Sans un mot, sans un mouvement, il restait à son pupitre. Des heures et des heures s'écoulaient. Sans un mot – et ceci au Jour du Grand Pardon ! La journée passait dans un silence paralysant. La nuit tombait, alors on l’incita à commencer enfin le culte. Le culte le plus solennel, le plus important de l’année. Et Lévi Jizchak se retourna vers l’assemblée pour crier d’une voix tremblante : Excusez-moi, mes frères. Moi, Lévi Jizchaq, le fils de Sara de Berditschew, j’ai un différent avec l'Éternel, à propos des souffrances de mon peuple. Je ne peux plus. Non ! Je ne veux plus. Je ne bouge plus. Maintenant c’est fini. J’en ai assez. Comment demander à Dieu le pardon de nos péchés - avant que lui, il ne nous demande pas pardon de nos souffrances ! Que lui, notre Dieu, se réconcilie donc avec nous, avant que nous nous réconcilions avec lui !!
Comment, bien chers amis, comment vivre, comment assumer cet amour de Dieu juif ??? Je ne peux pas imaginer de me présenter devant Dieu avec de tels propos. Et je sais que même la plupart des juifs que je connais auraient, comme moi, du mal à prier de telle manière. Mais, écoutez bien ces paroles, cette lutte, cette dispute de Lévi Jizchak avec son Dieu, et vous rencontrez la voix d’Abraham qui marchande avec Dieu. Vous vous rappellez bien cet homme qui se permettait lancer à Dieu son « Quelle abomination ! le juge du monde entier, n’appliquerait-il pas le droit ? »
Cette parole de Rabbi Jizchaq pourra aussi faire résonner en nous la parole de Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Comment donc vivre avec cet amour de Dieu juif ??? Autrement dit : comment cet amour de Dieu - peut-il vivre en vous ? A la rencontre d’un tel amour de Dieu si total qui peut embrasser et embraser toute l’existence, nous avons tendance à nous retirer sur du terrain connu, par exemple sur la phrase si fréquemment citée « Qui veut aimer Dieu, doit aimer son prochain. » C’est très biblique - Et nous avons entendu dans l’Evangile d’aujourd’hui que Jésus a bien mis l’amour du prochain sur le même plan que l’amour de Dieu. Pourquoi donc nous occuper d’un amour de Dieu si redoutable ? Je me permets de poser la question impertinente si notre amour du prochain est vraiment à la hauteur de notre AMOUR de DIEU...
Malheureusement, il est fort possible que nous nous préoccupons de notre PROCHAIN - pour nous mettre à l’abri de cet amour de Dieu si dangereux, si difficile à maîtriser, et non vraiment par amour...
Serait-il possible que notre « souci du prochain » nous serve à nous préserver - de l’AMOUR de DIEU ? De ce Dieu d’Israël qui nous semble trop inaccessible et étranger pour l’accepter - comme nous sommes bien loin d’accepter ISRAEL....
En effet, soyons honnête : Le peuple de Dieu, nous ne le voulons pas non plus. Peut-être l’antisémitisme séculaire a-t-il ses origines dans ce fait que NOUS NE VOULONS PAS DE DIEU - Surtout pas de ce dieu des juifs...
Il nous suffit de nous occuper du prochain. Voici - pour nous - le vrai culte à rendre à l’Éternel... Et qui va s’occuper de Dieu ? Du Dieu d’Israël et de Jacob ? Du Père de Jésus-Christ ?
A lui, cependant, revient la première place. A lui la gloire - et notre amour. Amen.
Seigneur notre Dieu, il est bien vrai : Tu nous a aimés le premier.
Mais tu connais notre cœur, et tu sais que nous sommes incapables d’aimer -
si tu ne viens pas à notre aide. Ouvre-nous les yeux de la foi -
pour qu’ils sachent te trouver et te regarder, pour nous plonger en toi.
Inspire-nous cet amour vital et passionné qui te cherche et qui te trouve en chaque moment de notre vie.
Permets que nous débordions de ce profond bonheur d’aimer - et de nous savoir aimé.
Nous te prions aujourd’hui tout particulièrement
pour celles et ceux qui vivent le cœur atrocement vide - parce que l’amour leur fait défaut.
Il se sont éloignés de cette dynamique, de cette puissance inépuisable
qui émane de toi, qui crée en nous la confiance et la certitude que tu resteras toujours à nos côtés.
Ouvre les cœurs qui se sont refermés, peut-être après des expériences douloureuses, et ranime le feu de l’amour en celles et en ceux qui se sont fatigués, peut-être à la suite d'attentes et de supplications auxquelles tu n’as pas pu répondre - par amour.
Nous te prions pour toutes celles et tous ceux qui souffrent, qui se sentent oubliés, qui manquent de compagnon de route.
Allège les cœurs lourds, accorde de la compréhension à ceux qui se sentent isolés ou perdus,
et fais luire ta lumière dans les obscurités qui parfois nous aveuglent.
Et nous te prions pour Israël, ton peuple bien-aimé : accorde lui la paix qu’il attend selon ta promesse,
pour que des signes de paix et de réconciliation se répandent de ce pays qui t’est particulièrement cher
jusqu’aux confins de la terre.