Evangile : Marc 14, 12 - 26
Prédication pour le dimanche 18 juin 2006 à Salavas
Lectures : Exode 24, 1 à 11 ; Hébreux 9, 11 à 15
Evangile : Marc 14, 12 à 26
Cantiques : Arc-en-Ciel 405, 1-2-3 ; 607, 1-2-3 ; 622, 1-2-3
Spontanés: (AEC) 118, 1 ; 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ; 862 ; 875 ; 471, 1 ; 138,2
La première lecture d'aujourd’hui nous parle de l’alliance que l’Éternel trancha avec son peuple. Écoutons au livre de l’Exode les premiers versets du chapitre 11 :
L’Éternel avait dit à Moïse : « Monte vers le SEIGNEUR, toi, Aaron, Nadav et Avihou, ainsi que soixante-dix des anciens d'Israël, et vous vous prosternerez de loin. Mais Moïse seul approchera du SEIGNEUR ; eux n'approcheront pas, et le peuple ne montera pas avec lui. » Moïse vint transmettre au peuple toutes les paroles du SEIGNEUR et toutes les règles. Tout le peuple répondit d'une seule voix : « Toutes les paroles que le SEIGNEUR a dites, nous les mettrons en pratique. » Moïse écrivit toutes les paroles du SEIGNEUR ; il se leva de bon matin et bâtit un autel au bas de la montagne, avec douze stèles pour les douze tribus d'Israël. Puis il envoya les jeunes gens d'Israël ; ceux-ci offrirent des holocaustes et sacrifièrent des taureaux au SEIGNEUR comme sacrifices de paix. Moïse prit la moitié du sang et la mit dans les coupes ; avec le reste du sang, il aspergea l'autel. Il prit le livre de l'alliance et en fit lecture au peuple. Celui-ci dit : « Tout ce que le SEIGNEUR a dit, nous le mettrons en pratique, nous l'entendrons. » Moïse prit le sang, en aspergea le peuple et dit : « Voici le sang de l'alliance que le SEIGNEUR a conclue avec vous, sur la base de toutes ces paroles. »
Et Moïse monta, ainsi qu'Aaron, Nadav et Avihou, et soixante-dix des anciens d'Israël. Ils virent le Dieu d'Israël et sous ses pieds, c'était comme une sorte de pavement de lazulite, d'une limpidité semblable au fond du ciel. Sur ces privilégiés des fils d'Israël, il ne porta pas la main ; ils contemplèrent Dieu, ils mangèrent et ils burent.
La seconde lecture, dans l’épître aux Hébreux, parle de la seconde alliance que l’éternel a établi par le Christ, notre Seigneur ressuscité. Écoutons Hébreux 9, les versets 11 à 15 :
Mais Christ est survenu, grand prêtre des biens à venir. C’est par une tente plus grande et plus parfaite, qui n’est pas oeuvre des mains - c'est-à-dire qui n’appartient pas à cette création-ci - , et par le sang, non pas des boucs et des veaux, mais par son propre sang, qu’il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire et qu’il a obtenu une libération définitive. Car si le sang de boucs et de taureaux et si la cendre de génisse répandue sur les êtres souillés les sanctifient en purifiant leur corps, combien plus le sang du Christ, qui, par l’esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache, purifiera-t-il notre conscience des oeuvres mortes pour servir le Dieu vivant. Voilà pourquoi il est médiateur d’une alliance nouvelle, d’un testament nouveau ; sa mort étant intervenue pour le rachat des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l’héritage éternel déjà promis.
Et l’évangile d’aujourd’hui nous transmet la dernière soirée que Jésus avait partagé avec ses disciples, juste avant son arrestation, son procès et sa mort. Écoutons ce que l’évangile de Marc nous en donne, en Marc 14, 12 à 26 :
Le premier jour des pains sans levain, où l'on immolait la Pâque, ses disciples lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » Et il envoie deux de ses disciples et leur dit : « Allez à la ville ; un homme viendra à votre rencontre, portant une cruche d'eau. Suivez-le et, là où il entrera, dites au propriétaire : ‹Le Maître dit: Où est ma salle, où je vais manger la Pâque avec mes disciples ?› Et lui vous montrera la pièce du haut, vaste, garnie, toute prête ; c'est là que vous ferez les préparatifs pour nous. » Les disciples partirent et allèrent à la ville. Ils trouvèrent tout comme il leur avait dit et ils préparèrent la Pâque. Le soir venu, il arrive avec les Douze. Pendant qu'ils étaient à table et mangeaient, Jésus dit : « En vérité, je vous le déclare, l'un de vous va me livrer, un qui mange avec moi. » Pris de tristesse, ils se mirent à lui dire l'un après l'autre : « Serait-ce moi ?» Il leur dit : « C'est l'un des douze, qui plonge la main avec moi dans le plat. Car le Fils de l'homme s'en va selon ce qui est écrit de lui, mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu'il ne soit pas né, cet homme-là !»
Pendant le repas, il prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit, le leur donna et dit : « Prenez, ceci est mon corps.» Puis il prit une coupe et, après l’avoir béni, il la leur donna et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude. En vérité, je vous le déclare, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le Royaume de Dieu. » Après avoir chanté les psaumes, ils sortirent pour aller au mont des Oliviers.
Bien chers amis,
ne vous étonnez pas d’être invités à méditer, aujourd’hui, ce récit de la veille de la mort de Jésus. Au premier abord, on dirait le récit d’une réunion clandestine. On pourrait presque penser à une rencontre conspiratrice. Jésus envoie deux de ses disciples pour aller trouver un porteur d’eau – donc un personnage ô combien quotidien ! Des hommes qui allaient chercher de l’eau à la source de Siloé - rien de plus fréquent et de plus banal, à Jérusalem ! Et pourtant. Le maître ordonne, les disciples obéissent – et ils vont trouver exactement ce que le maître leur a promis. Ils tombent sur la personne prévue, ils trouvent la salle à préparer, le dîner du soir va être mis en chantier. Le soir venu, les convives arrivent. le groupe des douze s’installe (les termes nous laissent penser à une vaste pièce à l’étage d’une maison, équipée de coussins, de matelas épais à la mode romaine, sur lesquels on avait l’habitude de prendre des repas festifs, à demi allongé. Apparemment, un dîner festif et convivial se prépare. Pour Marc, c’est un repas de Pâques, donc la fête de la libération d’Egypte. Et que l’évangéliste en évoque-t-il ? Il ne nous parle ni du lavement des pieds qui est si cher à l'évangéliste Jean, il ne nous transmet aucun enseignement dernier du maître, ni aucun geste symbolique de Jésus. Marc ne parle pas du déroulement du dîner, il ne nous parle que de deux choses : l’annonce de la trahison et l’institution de la cène.
C'est surprenant, choquant même. Bien sûr, il faut se rendre compte qu'il ne fallait pas être doté de dons prophétiques pour imaginer l’arrestation imminente de Jésus. Relisez le récit de la passion et vous allez constater que les évangélistes nous transmettent comme une ombre noire de pressentiments qui s’épaissit, à partir du moment où Jésus avait chassé les commerçants du Temple de Jérusalem. Bien sûr, les puissances publiques et religieuses cherchaient à se débarrasser de ce rabbin trop apprécié par les foules... Et voici que Jésus se met à parler ouvertement de ce qui pèse sur le groupe des disciples, même sans qu’on en parle. Il évoque la passion imminente – et il en cite, à ce moment si festif, bien entendu – rien d’autre que la trahison.
Les disciples réagissent, et il y a du surprenant dans cette réaction. Au lieu de refouler une telle idée que quelqu’un du groupe des amis les plus intimes, qu’un des plus engagés de ses disciples pourrait trahir le maître vénéré – ils sont bouleversés et attristés. Ils pourraient, maintenant, chercher à découvrir qui c’est. Ils pourraient montrer du doigt l’un où l’autre du groupe qui, peut-être, avait déjà fait preuve d’un manque de fidélité ou d’assiduité. Mais ils font le pur contraire. Chacun regarde soi-même, attristé, choqué – et chacun découvre qu’en effet, ce n’est pas impossible, hélas. Ils regardent dans leur propre cœur et ils se rendent compte que je suis capable, en effet, de livrer mon meilleur ami, de tromper la personne qui m'est si chère, oui, de vendre celui qui m’a tant donné… Qui pourrait prétendre d’être à l’abri de toute lâcheté, qui pourrait garantir pour son intégrité, dans n’importe quelles circonstances ?
En effet. Les disciples connaissent trop bien leurs propres faiblesses, ils ont déjà été confrontés à leurs défaillances personnelles. Ils savent dans leur for intérieur que, hélas, rien n’est impossible....
Donc, au lieu de chercher tout simplement le malfaiteur parmi eux, au lieu de se mettre à la recherche de la brebis noire (pour la faire partir en bouc émissaire), ils questionnent le maître qui, même en ce moment où tout semble s’écrouler, garde son calme. Jésus maintient sa paix. Eux, par contre, sont, pleins d’inquiétude, insécurisés, et ils lui demandent : « Est-ce moi ? »
Autrement dit : chacun sait qu’il serait capable de le faire. Et Jésus ? Il évoque clairement la trahison qui se prépare, sans faire la moindre tentative d’identifier le faux méreau qui s’est glissé dans son entourage. Non, hélas : Par le questionnement des disciples il faut se rendre compte du fait désolant : Il n’y a que des faux méreaux !
Eh oui, Jésus sait trop bien que cet élan traiteur, hélas, habite dans tous les cœurs humains. Et il sait aussi que ce ne sommes pas nous, pauvres humains que nous sommes, qui vont vaincre le mal.
Cette attitude de Jésus est bouleversante. Si Jésus n’éjecte pas le mauvais, le traître de son entourage, si, en fait, le malfaiteur fait partie intégrante des douze, si Judas est et reste disciple, qui sommes-nous à vouloir juger, à vouloir faire le tri entre les bons et les mauvais ? Qui sommes-nous à nous prétendre capables de reconnaître l’honnêteté des uns et la malignité des autres ? Comment oser vouloir nous séparer de celui qui nous semble mauvais – si, en même temps, notre propre cœur nous accuse ?
Si Jésus n’écarte pas le traître de sa table, s’il le laisse manger avec lui, si Jésus ne purifie pas le groupe des douze pour n’avoir autour de lui que des personnes fiables, dignes de sa proximité et de sa confiance, au fond, c’est ô combien rassurant. Qui, parmi nous, aurait, autrement, droit à sa table, qui, autrement, aurait droit à la communion avec lui ?
Jésus n’a pas fait le tri. Il a pleinement accepté le mauvais.
Mais retenez-le bien : Cette acceptation du mal, ce n’est pas un truc malin pour s’en préserver. Le mauvais que je n'écarte pas - ne vas pas pour autant s’abstenir du mal qu’il envisage. Judas n’avait pas seulement la mauvaise intention de trahir Jésus. Il l’a trahi !!
Mais Jésus, en ce moment même, nous fait preuve d’une assurance insondable. Il connaît le mal. Il sait même qui va le commettre. Et, pourtant, il n’a pas besoin de lutter. Il ne va pas se défendre. Il sait bien que tout est entre les mains de son père. Tout, vraiment tout – même le mal. Autrement dit : Même le mal ne pourra, finalement, que faire surgir du bien, Le mal ne pourra faire autrement, en définitive, que de générer des bénédictions, donc être soumis à la volonté du Père.
Et voilà tout : Jésus est persuadé que le traître ne pourra jamais faire autrement que de contribuer à l’accomplissement de la volonté du Père. Réfléchissez un petit moment sur cette réalité, et elle va vous couper le souffle. Car c’est en effet cet élément de la passion de Jésus qui nous permet de comprendre que rien, vraiment rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu.
Bien sûr : il faut retenir en même temps que rien n’excuse le traître. Le mal reste mal. Et gare à toi, si tu en deviens responsable !
Mais pourtant : Jésus arrive à accueillir le mauvais, le malfaiteur, le traître. Et nous sommes appelés à le suivre, aussi dans cela. Il nous faudra donc non seulement nous abstenir de tout jugement. Il faudra non seulement abandonner toute idée d’un tri entre celles et ceux que nous tenons pour « bons » ou « mauvais », de choisir en qui faire confiance, d’éliminer de notre entourage toute personne qui semble indigne de notre amitié. Nous sommes appelés à aller encore plus loin. Il nous faudra nous regarder nous même en face, et en profondeur. Il devient incontournable de faire le pas décisif. Il faut découvrir le mal qui habite dans notre propre cœur. Il sera inévitable d’identifier et de rencontrer ce côté sombre dont certains renient même l’existence dans leur propre cœur. C’est vrai que voici l’élément le plus problématique, le plus douloureux de ce que l’apôtre Paul aimait appeler « le bon combat de la foi »…
Il ne s’agira jamais de refouler, de nier le mal dans mon cœur (par cela, il ne va rien faire d’autre que de se cacher, que de se camoufler, et il va devenir d’autant plus virulent, d’autant plus dangereux !). Nous sommes appelés, tout au contraire, de le reconnaître et de le confesser, de le déceler comme une charge qui, hélas, fait partie de notre condition humaine, mais qui, c’est certain, ne pourra jamais empêcher Dieu de nous amener à la vie, à la vraie vie, à la vie éternelle. Amen.
Seigneur notre Dieu, nous te disons merci de nous avoir révélé ton amour par Jésus, ton fils bien-aimé.
Il a connu notre condition humaine et notre cœur si peu fiable,
et pourtant, il n’a pas dédaigné d’être à nos côtes – de faire route avec nous, de nous faire confiance.
Il a accueilli chacun, même le traître. Il a vaincu le mal – dans sa mort sur la croix.
Il ne s'est pas opposé au mal. Il ne l'a pas refoulé, il n'a pas répondu à la violence par la contre-violence.
Il l'a pris sur lui, tout simplement - sachant que toi, notre Dieu, toi qui es Amour,
tu tiens tout entre tes mains. Tout, même le mal.
C'est ainsi que tu sauras faire surgir du bien et des bénédictions, même de ce qui, au premier abord,
n'est que du mal.
C'est ainsi que tu as fait sortir du bien de la méchanceté des frères de Joseph,
et c'est ainsi que tu arrives à combler de bénédictions même nos vies à nous, avec toutes leurs ambiguïtés,
avec nos erreurs, avec nos fautes, avec notre péché.
Donne-nous, Seigneur, de comprendre toute la grandeur de ton amour. Et nous en imprègne, à tel point que nous deviendrons des outils utiles à ta main : Donne-nous d'accueillir nos prochains, nos compagnons de route sans les juger, sans les rejeter.
Accorde-nous cet amour qui est signe de ta présence et qui arrive à faire patience, à vivre la bienveillance,
à ne jamais blesser, à ne pas chercher son propre intérêt, à faire confiance, à tout espérer, à tout supporter.
Permets-nous te tenir ferme dans ce bon combat de la foi qui ne se tourne jamais contre les autres,
mais qui sonde notre cœur à nous pour nous amener à l'humilité.
Oui, Seigneur, donne-nous ce cœur ferme et courageux
qui ne recule pas à la découverte du mal qui habite notre propre être, mais qui s'adresse tout simplement à toi
qui es miséricorde et pardon, pour se défaire de tout orgueil,
pour abandonner toute prétention qui nous tente de vouloir vivre de par nos propres moyens.
Accorde-nous cet esprit d'enfant qui nous encourage à tout remettre entre tes mains
et à nous confier entièrement à toi, notre père de miséricorde et de pardon, toi qui es Amour. Amen.