Prédication pour dimanche le 9 décembre 2007 à Salavas
Lecture :    Esaïe 11, 1 à 10
Evangile :    Matthieu 3, 1 à 12
Cantiques :    Arc-en-Ciel 303, 1-2-3 ; 311, 1-2-3 ; 310, 1-2-4
Spontanés :    (AEC) 118, 1 ; 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ; 862 ; 875 ; 471, 1 ; 138, 2

Nous sommes dans la période de l'Avent, temps de l'attente où nous sommes appelés à écouter les textes bibliques qui nous parlent de l'avenir. Vivre l'Avent, c'est suivre un mouvement paradoxal : Pour ne pas nous perdre dans le superficiel, il importe de creuser dans le passé pour arriver à en retenir l'essentiel. C'est ainsi qu'il devient important de considérer le passé - pour ne pas manquer le présent et lavenir. Nous sommes appelés à permettre à des paroles vieilles de plus de deux mille ans de nous toucher tout personnellement, pour qu'elles ouvrent les cœurs et l'esprit pour le sens, la signification, l'essentiel de ce que nous vivons tous les jours. Écoutons dans cette perspective la prophétie du nouveau rejeton de David, qui, dans Esaïe 11, est donné à un peuple ayant perdu l'espérance.

 Un rameau sortira de la souche de Jessé, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l'Esprit du SEIGNEUR : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de vaillance, esprit de connaissance et de crainte du SEIGNEUR - et il lui inspirera la crainte du SEIGNEUR. Il ne jugera pas d'après ce que voient ses yeux, il ne se prononcera pas d'après ce qu'entendent ses oreilles.
 Il jugera les faibles avec justice, il se prononcera dans l'équité envers les pauvres du pays. De sa parole, comme d'un sceptre, il règnera sur le pays, du souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant. La justice sera la ceinture de ses hanches et la fidélité le baudrier de ses reins.
    Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau. Le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l'ourse auront même pâture, leurs petits, le même gîte. Le lion, comme le bœuf mangera du fourrage. Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra. Sur le trou de la vipère, le jeune enfant étendra la main. Il ne se fera ni mal, ni destruction sur toute ma montagne sainte, car le pays sera rempli de la connaissance du SEIGNEUR, comme la mer que comblent les eaux. Il adviendra, en ce jour-là, que la racine de Jessé sera érigée en étendard des peuples, les nations la chercheront et la gloire sera son séjour.


Bien chers amis,
    Nous voici dans la période de l'Avent - et nous sommes invités à rencontrer aujourd'hui un personnage qui, d'une manière exemplaire, a vécu l'Avent. Son existence entière était une attente ardente et active de l'avenir de Dieu.
Quant à nous, je suis persuadé que nous avons besoin, aujourd'hui, de redécouvrir le sens de cette période de l'Avent. Elle nous offre la chance inouïe de forger de nouvelles traditions, de créer de nouveaux rites. Je pense que ce serait même plus important pour l'avent que pour Noël. Or, toutes les vieilles traditions de l'avent  (dont la couronne de l'Avent est une des plus modestes) ont été crées pour nous appeler à vivre l'attente, à orienter notre vie sur ce qui vient, sur l'avenir. Les rites d'avent nous préparent à la Lumière à venir.
Dans mon enfance, l'avent était une période de bricolages heureux. On préparait les cadeaux de Noël. On était donc entièrement orienté  sur les autres ! Quelle activité intense et heureuse ! Et tout, bien sûr, devait se passer à l'abri des regards curieux des autres ! Personne ne devait connaître la belle surprise qui se préparait pour les uns et les autres. Bien sûr, plus les travaux et la période d'avent avançaient, plus l'attente se faisait longue, plus la tension montait, pour devenir presque insupportable :
Comment attendre si longtemps le moment extraordinaire où le destinataire de mon si beau cadeau éclatait de joie ! Pour alléger un peu cette longue attente nous avions inventé le jeu : « Devine ce que l'enfant Noël prépare pour toi ! » Et il fallait deviner - à la suite de nos indications énigmatiques, qui devaient rester dans le flou total pour ne pas détruire la grande surprise du soir de Noël, où, enfin, chacun pouvait déballer son cadeau. Tout cela n'était rien d'autre qu'un grand jeu auquel je participais de plein cœur. Je n'en ai compris le sens que bien plus tard. Ces cadeaux préparés en cachette, cette joie de faire plaisir aux autres, cette attente impatiente de la grande fête à venir, tout ce dynamisme heureux,  tout cela n'était rien d'autre qu'une mise en scène permettant à tout le monde, et surtout aux enfants de vivre ce qu'est l'attente joyeuse de cet avenir qui, de la part de Dieu, se prépare, pour nous épanouir, pour nous rendre heureux, dès maintenant...
Aujourd'hui nous sommes appelés à trouver de nouvelles formes pour vivre cette attente. Nous avons besoin de nouveaux rites pour traduire dans notre vie de tous les jours ce dynamisme ouvert pour l'avenir que Dieu nous prépare. Notre « Arbre de Noël » qui nous réunira Dimanche prochain autour des enfants de l'école biblique n'est qu'un tout petit pas dans cette direction (du moins pour les enfants et les familles qui s'y engagent). Il faut en trouver d'autres, tout en méditant l'espérance, tout en découvrant cette attente fervente qui était celle de nos ancêtres dans la foi.
C'est dans cette perspective que nous écoutons aujourd'hui le récit de ce personnage qui, pour nous autres chrétiens, est le dernier des prophètes, le précurseur, l'annonciateur de Jésus. Écoutons le récit de Jean Baptiste dans Matthieu 3, au début :

     En ces jours-là paraît Jean le Baptiste, proclamant dans le pays de Judée : « Convertissez-vous : Le règne des cieux est tout proche ! » C'est lui dont avait parlé le prophète Esaïe (40,3) en disant : « Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. » Jean avait un vêtement de poil de chameau et une ceinture de cuir autour de  ses reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs pêchés.  Comme il voyait beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venir à son baptême, il leur dit :    « Engeance de vipères, qui vous a montré comment échapper à la colère qui vient ? Produisez du fruit qui témoigne de votre conversion ; et ne nous avisez pas de dire en vous-mêmes : 'Mais, nous avons donc Abraham pour père !' Car, je vous le dis, des pierres que voici, Dieu peut susciter des enfants à Abraham ! Déjà la hache est prête à attaquer la racine des arbres ; tout arbre qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l'eau en vue de la conversion ;  mais celui qui vient après moi est plus fort que moi : Je ne suis pas digne de lui ôter ses sandales ; lui, il vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu. Il a sa pelle à vanner à la main, Il va nettoyer son aire et recueillir son blé dans le grenier ; mais la bale, il la brûlera au feu qui ne s'éteint jamais. »

Nous voici face à un récit surprenant – bouleversant pour toute personne qui est prête à oublier pour un moment qu'on connaît cette histoire trop bien pour encore s'en étonner. Étonnant, par exemple, le fait que tant de monde est venu écouter Jean-Baptiste et se faire baptiser par lui. Pourquoi les gens ont-ils afflué de tous horizons vers un lieu désert, près du Jourdain, à la rencontre d'un inconnu dont on disait qu'il vivait comme un ermite, à l'écart du monde, et qu'il prêchait l'imminence de l'arrivée du Messie, du règne de Dieu (qui, dans le langage de l'époque, était appélé « jugement » ?
Quelle était la différence entre Jean-Baptiste et tant d'autres rabbins itinérants de l'époque ? Quelle était sa particularité par rapport à tant d'ermites fanatiques qui, à l'époque, battaient les campagnes pour parler de Dieu et des humains – pour rappeler la Parole de l'Eternel et surtout pour mettre le doigt sur la malignité du monde ? Toute la différence se trouve dans le fait que Jean Baptiste était un homme de l'espérance.
Il attendait. Toute son existence était attente. Il était penchée vers l'avant, il était orienté sur cet avenir de Dieu qu'il attendait assidûment. Il connaissait, il aimait passionnément les écritures, et il se savait être tout proche d'un événement inouï, annoncé à travers les siècles par les prophètes. Il attendait instamment l'arrivée du Messie !
Toute sa vie, toutes ses actions étaient orientées vers cette arrivée du Messie. Il en témoignait, il la prêchait. Cette attente dynamique et fervente attirait les foules, elle suscitait de la curiosité, elle passionnait ses auditeurs. Et dans la lignée des prophètes Jean Baptiste n'avait pas que des mots pour témoigner de cette ère nouvelle qu'il attendait. Sa prédication était accompagnée d'un signe. Son signe à lui, c'était le baptême de la repentance, le lavement de la purification. Jean ne l'a pas inventé. Les signes qui parlent ne s'inventent jamais. Pour qu'ils arrivent à parler, ils doivent avoir un message. A la suite, on peut les sortir de leur contexte habituel, pour les charger d'un nouveau sens, d'un contenu tout nouveau.
Le baptême, à l'époque, était un rite connu. Mais Jean l'a sorti de son contexte traditionnel pour lui attribuer un nouveau message : Normalement, le baptême était un rite juif destiné aux étrangers. Tout étranger qui voulait entrer au Temple de Jérusalem pour y participer au culte, devait, préalablement, être prêt à se faire purifier. Il exprimait par le baptême : Oui, me voici, pauvre étranger que je suis. Me voici aux portes du Temple de Dieu, mais je ne suis pas digne d'y entrer, puisque je ne suis pas pur, je ne fais pas partie des élus, je ne suis pas membre du peuple de Dieu...
Et voici que Jean applique ce baptême - aux juifs ! Dans la lignée de la théologie pharisienne, Jean appelle les foules à se purifier pour ouvrir le chemin à l'arrivée du Messie. Selon lui, le Messie et tout proche. Il veut se manifester - mais, hélas ! le monde n'y est pas préparé. Voilà pourquoi il dit ces paroles énigmatiques : « Ne pensez pas que vous êtes purs par le simple fait d'être les descendants d'Abraham ! » Rappelez-vous que Dieu cherche les cœurs purs, les cœurs purifiés dans l'humilité d'une confession de nos pêchés. Il faut éffacer tout ce qui brouille la sainteté de son sanctuaire et de son peuple. Dieu veut devenir présent parmi vous, mais Dieu ne pourra pas s'approcher de vous tant que vous ne serez pas prêts à l'accueillir ! Venez vous faire purifier dans l'eau du Jourdain pour être purs et prêts à son arrivée ! Et les foules l'ont compris, elles sont venues pour se faire baptiser.
Le baptême de Jean est à la base du baptême chrétien, mais il en est fort différent. A partir du baptême du Fils de Dieu (et notamment à la suite du commandement du Ressuscité !), le baptême chrétien n'est plus l'appel à la purification pour être prêt pour l'avenir du Seigneur, mais le sacrement de la filiation, c'est à dire le signe de « l'adoption » : Le baptême chrétien transmet à chaque baptisé cette parole de Dieu par laquelle Jésus en premier a été appelé à vivre le règne de Dieu, la présence de sa paix, la réalité de son amour :
                        Tu es mon fils, mon bien-aimé, tu vas gérer dans le monde où tu vis, ma paix, ma justice, mon amour !
A la suite de Jean Baptiste nous sommes appelés, nous aussi, à donner des signes qui parlent, là où nous sommes. Témoignons donc de Dieu qui est Amour, de ce Dieu qui est digne de toute confiance. Faisons taire en nous et autour de nous toute voix de lassitude et de résignation, toute voix qui ne sait parler que de catastrophes et d'obscurités, de malheurs et de contrariétés. Il faut contredire tous ceux qui pensent que Dieu se soit détourné de sa création, qu'il aurait plaisir à punir les humains par des catastrophes. Témoignons de ce Dieu qui nous libère à l'amour, de ce Dieu qui est présent dans chaque acte d'accompagnement et d'entraide, de ce Dieu qui nous appelle à côtoyer celles et ceux qui sont dans la peine, qui souffrent, qui sont les victimes de catastrophes ou de violences...
C'est ainsi que nous pratiqerons l'attente active de notre Dieu qui vient vers nous, qui vient nous encourager, nous fortifier, nous rendre fraternels. C'est ainsi que nous allons préparer son avent, son approche : En partageant avec tous ceux, toutes celles  qui nous entourent notre espérance et le courage qu'il nous inspire, pour susciter autour de nous la joie de sa proximité, le rayonnement de sa grâce, car il est avec nous, il est à nos portes pour nous faire partager son amour - qui est, en fait, l'essentiel de son règne, aujourd'hui déjà ! Amen.

 Seigneur notre Dieu, tu as envoyé ton fils parmi nous pour nous appeler à une vie ouverte à la lumière de ta parole, au feu de ton amour. Nous te prions de nous accorder ton esprit, cet esprit qui encourage et qui fortifie, qui met en mouvement et qui libère pour chercher, avant tout, ton royaume et sa justice. Permets-nous de trouver des signes qui parlent, qui nous permettent de vivre, de transmettre, de partager autour de nous ton message du salut, dans la recherche toujours renouvelée et approfondie de la réconciliation, de l'encouragement et de l'espérance partagés, dans l'accueil du prochain, dans le pardon et la compréhension. Permets que nous devenions, tout particulièrement en cette période d'avent, des témoins rayonnants de ton amour et de ta paix, pour que nous arrivions à transmettre ta miséricorde, ta compassion à toute personne que nous rencontrons.Nous te prions bien particulièrement pour ton église,
partout dans le monde, et pour tous ceux qui s'y engagent : Permets que la réalité de ton avenir y soit vécue, que ton amour y soit sensible, que ta paix et ta justice y soient présentes - pour animer, toujours à nouveau, notre faim, notre soif de ta présence, et du retour de ton fils, de l'avènement définitif de ton royaume.