Prédication pour dimanche 11 mars 07 à Salavas
Lectures : Exode 3, 1 à 15 ; 1 Corinthiens 10, 1 à 12
Evangile : Luc 13, 1 à 9
Cantiques : Arc-en-Ciel 25, 1-2-3 ; 427, 1-2-3 ; 456, 1-2
Spontanés : (AEC) 118, 1 ; 428, 4 ; 475, 2 ; 81, 8 ; 138,2
Aux époques bibliques déjà, les humains étaient comme nous : ils aimaient les histoires savoureuses, ils étaient friands de sensationnel - et voici que nous sommes invités à écouter trois récits de ce genre qui, à l'époque déjà, ont été racontés à d'innombrables reprises (et sûrement pas toujours que dans une orientation spirituelle...). Tout d'abord, c'est l'histoire d'un simple petit berger qui gardait son troupeau dans les vastes pâturages des montagnes du Sinai. Un berger dont la vie paisible a été totalement bousculée, d'un moment à l'autre : Ecoutons Exode 3 :
Moïse faisait paître le troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madian. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l'Horeb. L'ange du SEIGNEUR lui apparut dans une flamme de feu, du milieu du buisson. Il regarda: Le buisson était en feu et le buisson n'était pas dévoré. Moïse dit : « Je vais faire un détour pour voir cette grande vision : Pourquoi le buisson ne brûle-t-il pas ? »
Le SEIGNEUR vit qu'il avait fait un détour pour voir, et Dieu l'appela du milieu du buisson : « Moïse, Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » Il dit : « N'approche pas d'ici ! Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. » Il dit : « Je suis le Dieu de ton père, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. » Moïse se voila la face, car il craignait de regarder Dieu. Le SEIGNEUR dit : « J'ai vu la misère de mon peuple en Égypte et je l'ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des égyptiens et le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, vers un pays ruisselant de lait et de miel. Va, maintenant ; je t'envoie vers le Pharaon, fais sortir d'Égypte mon peuple, les fils d'Israël. » Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller vers le Pharaon et faire sortir d'égypte les fils d'Israël. ? » « JE SUIS avec toi, dit-il. « Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : JE SUIS m'a envoyé vers vous. » Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : Le SEIGNEUR, Dieu de vos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, m'a envoyé vers vous. C'est là mon nom à jamais, et c'est ainsi qu'on m'invoquera d'âge en âge. »
La deuxième lecture reprend une histoire qui s'en suivit de la première. Elle parle du passage du peuple de Dieu à travers la mer. A priori, ce n'était qu'une histoire sensationnelle, elle aussi. L'enseignement de l'apôtre Paul nous montre comment de telles récits ont été transmises bien des siècles plus tard : Écoutons la première épître de Paul aux Corinthiens, au chapitre 10, les versets 1 à 12 :
Je ne veux pas vous le laisser ignorer, frères : Nos pères étaient tous sous la nuée, tous ils passèrent à travers la mer, et tous furent baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer. Tous mangèrent la même nourriture spirituelle, et tous eurent le même breuvage spirituel ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait : ce rocher, c'était le Christ.
Cependant, la plupart d'entre eux ne furent pas agréables à Dieu, puisque leurs cadavres jonchèrent le désert. Ces évènements sont arrivés pour nous servir d'exemples, afin que nous ne convoitions pas le mal comme eux le convoitèrent. Ne devenez pas idolâtres comme certains d'entre eux, ainsi qu'il est écrit : Le peuple s'assit pour manger et pour boire, puis ils se levèrent pour se divertir. Ne nous livrons pas non plus à la débauche, comme le firent certains d'entre eux : en un seul jour il en tomba vingt-trois mille. Ces évènements leur arrivaient pour servir d'exemple, et furent mis par écrit pour nous instruire, nous qui touchons à la fin des temps. Ainsi donc, que celui qui pense être debout prenne garde de tomber !
Et l'évangile d'aujourd'hui nous fait partager deux « faits divers » qui, aux jours de Jésus, à un moment donné, ont dû faire « la une » dans les villages de Galilée. Ils ont été à la tête et à la bouche de tout le monde. Jésus, à son tour, semble faire comme tout le monde. Il en parle, lui aussi. Nous verrons tout de même qu'il le fait un peu différemment de « tout le monde ». Ecoutons Luc 13, les versets 1 à 9 :
Au moment où Jésus enseignait les foules, survinrent des gens qui lui rapportèrent « l'affaire des Galiléens » : Pilate avait mêlé leur sang à celui de leurs sacrifices. Il leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pêcheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez de même. « Et ces dix-huit personnes sur lesquelles est tombée la tour de Siloé qui les a tuées, pensez-vous qu'elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière. » Et il leur dit cette parabole :
« Un homme avait un figuier, planté dans sa vigne. Il vint y chercher du fruit et n'en trouva pas. Il dit alors au vigneron : « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier et je n'en trouve pas. Coupe-le. Pourquoi faut-il encore qu'il épuise la terre ? » Mais l'autre lui répond : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bèche tout autour et que je jette du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas. »
Bien chers amis,
apparemment, aux époques bibliques déjà, on connaissait des histoires sensationnelles, ces nouvelles qui font « la une » du journal de village, ces histoires qui passent de bouche à oreille, ces racontars qui arrivent à satisfaire, et la curiosité, et le besoin de communication ; ces récits qui suscitent les commentaires les plus divers (et parfois des commentaires qui prennent le dessus, qui développent leur propre dynamique et deviennent plus importants que les récits primitifs...). Voici donc qu'on évoque, en présence de Jésus, un bain de sang - et de plus, une tuerie atroce qui s'est passée
pendant le culte, au moment sublime du sacrifice!! Et ce massacre avait eu lieu tout près. Une cohorte de soldats romains avait fait irruption dans une célébration sacrificielle en Galilée – (une cérémonie, d'ailleurs, qui avait dû être organisée dans une demi-clandestinité, puisque, à l'époque, les sacrifices n'étaient autorisés par les Romains qu'à Jérusalem seul !). Un fête religieuse donc qui avait tourné en « shoa ». Un acte de violence atroce et incompréhensible qui avait ravagé la moitié du village -- et les rescapés, ceux qui, pour cette fois, n'étaient que spectateurs et témoins, se posaient des questions. Ou plus précisément, ils se posent LA question - cette question qui si souvent nous tracasse, nous aussi. Ils se posent la question du POURQUOI. Pourquoi cela est-il arrivé - et pourquoi, justement, ces personnes en ont-ils été les victimes ? Pourquoi eux ? Pourquoi cette mort incompréhensible ? Qu'ont-ils donc fait de mal pour avoir mérité une telle fin ? Figurez-vous l'irruption d'une soldatesque déchaînée, sans conscience ni pitié, et ceci dans la célébration la plus sainte, dans le recueillement pieux - pour massacrer toute l'assemblée! S'il existe vraiment, ce Dieu miséricordieux dont parlent les fidèles - pourquoi n'est-il pas intervenu à ce moment-là ? Le créateur de l'univers, ce Dieu qui guide astres et vents - pourquoi n'a-t-il pas donné ordre à ses anges de détourner les Romains de ce massacre ? Si Dieu est vraiment Dieu, il devrait quand-même éviter le pire - à moins d'avoir de bonnes raisons d'admettre un tel mal. Mais - quelles bonnes raisons pour admettre le mal ????
Et voici que commencent les spéculations. Evidemment, Dieu ne fait pas d'erreurs. Si Dieu admet un désastre, c'est toujours que les humains sont dans le tort. Voyons donc ! Quoi alors les gens de la tour de Siloé ont-ils fait, pour avoir mérité une telle mort cruelle, pour avoir été présisément à cet endroit, juste au moment où cette tour s'est écroulée?
Bien sûr, Jésus, lui aussi, connaît cette grande question du « Pourquoi ». On n'a même pas besoin de la lui poser. Il l'entend entre les mots. Mais vous l'avez entendu : il la tourne dans une direction nouvelle, inattendue. Il ne regarde pas les victimes. Il n'en dit même aucun mot. Irais-je trop loin en supposant que Jésus les sait entre les mains de Dieu, accueillis dans la miséricorde de notre père d'amour ?
Jésus tourne son attention dans une autre direction. Ses pensées s'orientent ailleurs. Il regarde celles et ceux qui vivent. Il voit devant lui ces interlocuteurs qui écoutent et qui racontent des histoires sensationnelles. Ils en sont choqués. Et, plus souvent encore, cela les intrigue. Ils veulent connaître tous les détails. On dirait que cela les amuse...
Et Jésus leur pose une question inattendue. Une question qu'il nous adresse, à notre tour. Oui, Jésus pose cette question à nous qui, aujourd'hui, devenons tous les jours (à travers les médias) les spectateurs effrayés ou curieux, les témoins de souffrances humaines, de catastrophes, de « faits divers » qui, heureusement, n'arrivent qu'aux autres... Jésus pose cette question : «Cette nouvelle, cette catastrophe, cette expérience bouleversante, comment vous a-t-elle changés ? »
Qu'est-ce qui a changé pour toi, après avoir été témoin d'une mort - qui aurait pu être la tienne ? Qu'est-ce qui est devenu différent dans ta vie personnelle, dans tes orientations, dans tes priorités - après avoir survécu à cette catastrophe qui a touché les autres ? Comment vis-tu, maintenant, après avoir côtoyé cette voisine qui est décédée, à la suite de sa maladie grave ? Quelle nouvelle orientation de vie as-tu adopté, comment la vis-tu, ta vie à toi, après avoir vécu la grâce de survivre ?
Quelles sont les conséquences pour toi, après être passé à travers un moment de ta vie où elle aurait pu - se terminer ? Tu sais maintenant, peut-être plus clairement que beaucoup d'autres, que le temps de ton existence est limité. Tu as compris que ta vie a une fin - mais pour une fois, tu as eu la grâce de t'échapper. Et alors ? Et maintenant ?
Tu as vécu un moment de protection divine (peut-être dans un accident, évité au dernier centième de seconde...). Quelles conséquences concrêtes en sortiront-elles pour toi ? Ou penses-tu un peu comme tant de nos contemporains qui, il y a peut-être trente ans, ont été interpellés, sur les routes françaises, par une action publicitaire de la prévention routière (assez macabre, d'ailleurs). Vous rappelez-vous de ces affiches géantes, blanc sur noir ? Il y avait un toubib, tout en blanc, qui disait gentiment du haut de son affiche : « L'accident, ça n'arrive qu'aux autres... »
Vous voyez bien : Jésus, face à ce qui est arrivé aux autres, pose une question ô combien inconfortable. Il nous demande : ta vie, donnée et redonnée, à quoi (et, surtout !) à qui servira-t-elle maintenant ? Ton existence, qui, dorénavant, te sera prêtée pour un nouveau délai, comment vas-tu faire pour la mettre au service de ton Dieu qui t'a sauvé ? Comment la vie, comment la création, comment l'avenir du monde, pourront-ils bénéficier de ta vie sauve, de ton existence sauvegardée ? Pour qui et pour quoi serat-il salutaire que Dieu, cette fois-ci, ait gardé ta vie ? Et, notez-le bien, Jésus pose cette question sans aucune ironie, sans le moindre accent moralisant. . .
Pour tout nous dire en une seule image, Jésus nous dessine, dans une petite parabole, un figuier. Le figuier, comme la vigne, c'est un symbole connu pour le peuple de Dieu. C'est le « potager de l'Eternel », pour ainsi dire. Ce potager qui sert à en tirer des fruits. Des fruits - pour qui ? Dieu lui-même n'en a pas besoin. Des fruits, par contre, pour régaler les humains ! Oui, Dieu est assez exigeant. Il attend beaucoup de son potager. Il exige beaucoup de sa vigne - pour en donner, à la suite, aux autres, même à ceux qui n'ont rien fait !
Or, dans cette vigne il y a un arbre, un figuier. Aux temps bibliques, le figuier était l'image même de la fertilité, de la vivacité : Vous savez tous qu'à l'instant, ses rejetons commencent à pousser. Profitez-en ! Tu en coupes des bouts de branches, tu les remets en terre, et, presque toujours, ça va prendre ! Et, en plus, ses boutons (que nous allons voir bien prochainement dans nos jardins !) auront déjà la forme de touts petits fruits. Pendant que les autres arbres et plantes se décorent de fleurs, le figuier, cet arbre fructueux et travailleur, produit, déjà, des fruits - et tout le monde (Dieu compris) excusera bien que ces fruits seront tout petits, qu'ils auront besoin de tout le printemps et d'un début d'été pour grandir et pour mûrir, pour devenir savoureux...
Et encore : Le figuier est le seul de tous les arbres (connus chez nous) qu'il faut, durant l'été, visiter tous les jours pour en cueillir les fruits mûrs - afin qu'ils ne périssent, tombant par terre. C'est ainsi d'ailleurs que le figuier est devenu le symbole même des Saintes Ecritures : La Bible, elle aussi, doit être visitée, consultée tous les jours de ta vie, sinon il y aura inévitablement des fruits spirituels que tu ne goûteras jamais. Ils risquent de tomber et de pourrir, sans que tu t'en rendes comptes !
Mais voici que le maître de la vigne cherche du fruit à son figuier - et il n'en trouve point. Le figuier porte des feuilles, mais point de fruits. Un arbre qui ne vit que pour lui seul. Il ne vit ni pour son maître, ni pour l'avenir !
Voici déjà la troisième année que le maître de la vigne vient chercher du fruit, et il n'y en a pas. Cette troisième année, est-elle l'indice même que c'est Dieu qui est le maître de la vigne ? (le chiffre 3 étant le symbole de la réalité de Dieu). Ou ce chiffre 3 symbolise-t-il la troisième (et dernière!) année du ministère public de Jésus ? De toute manière, Jésus nous donne ici en quelques mots, tout le sens de sa présence parmi nous. Oui, c'est lui qui bêche et qui engraisse autour de ces arbres et plantes qui lui sont confiés, et qui sont destinés à porter fruit...
Je pense même que Jésus, ici, fait allusion à sa mort imminente : sa vie, son sang pourrait être le fumier du figuier. . .
Or, le plus important dans la parabole de Jésus, à mon avis, c'est ce fait que le jardinier demande un sursis pour son arbre. Il nous dit donc que notre existence à nous - ce n'est rien d'autre qu'un sursis ! Oui, la vie, ta vie est un sursis, c'est une chance donnée, c'est l'occasion de donner tout de même encore du fruit. Les bons soins du jardinier ne feront pas défaut! Il y aura la main habile et aussi le fumier - pour que l'arbre trouve le vrai sens de son existence : Il pourra donner du fruit, il pourra servir son maître et préparer l'avenir. Voici la raison pour laquelle le jardinier s'engage en sa faveur avec tant d'entrain, voici pourquoi l'arbre aura son sursis.
Nous tous, bien chers amis, nous avons encore du sursis. Un sursis qui n'est pas destiné à nous faire envisager avec angoisse le moment de la coupe. C'est, au contraire, un sursis qui nous est accordé pour, enfin, porter du fruit ! Amen.
Oui, Seigneur, notre vie - n'est rien d'autre qu'un sursis, un sursis immérité. Tout ce que nous sommes, nous le sommes par ta grâce,
c'est le don de ton amour.
Tu veux que nous découvrions le sens, le but de notre existence.
Tu veux que nous portions du fruit,
tu veux que nous vivions pour l'avenir - et pour toi !
Oui, nous ne voulons pas seulement nous décorer de feuilles,
qui ne servent que nous-mêmes, et qui vont faner et périr.
Nous te remercions de nous avoir donné le jardinier,
celui qui prend soin de nous, qui nous entoure de son amour.
C'est lui qui nous aide à tout développement fructueux,
c'est lui qui nous encourage et nous fortifie,
pour que nous portions du fruit.
Nous te remercions de nous faire parvenir, à travers lui, .
des forces de vie, de nouveaux élans, de l'espérance et du courage,
et un avenir possible. Oui, tu veux que nous vivions !
C'est ainsi que nous te présentons tous ceux et toutes celles
qui se trouvent à l'ombre de la vie,
dans la détresse, dans la solitude, dans la souffrance, dans le deuil : envoie-leur le jardinier qui les entoure de ses soins, de son amour,
pour qu'ils reconnaissent, eux aussi, qu'ils ne sont pas oubliés,
que leur vie à eux, elle aussi, a un sens ! Amen.